ANECDOTE

Un Sous-Officier allemand dans une poubelle

C'était au printemps. Il faisait beau. Dans une rue de Poitiers, un sous-officier allemand marchait sur un des trottoirs d'un pas assuré et martial. Sur le trottoir opposé une jeune femme sortit d'un porche. Elle portait une jupe assez courte pour l'époque et un corsage blanc : une tenue simple, pimpante, de bon goût, sur un corps jeune et svelte, un visage souriant, les cheveux ondulant dans une brise légère. Le regard de notre sous-officier fut attiré par cette femme. Il la regarda venir de loin et la suivait du regard avec insistance. Au fur et à mesure qu'elle se rapprochait, l'Allemand était obligé de tourner la tête. La jeune fille continua à marcher feignant n'avoir rien remarqué. Sur le trottoir de l'officier venaient à sa rencontre trois jeunes hommes. Il n'y avait pas la place pour que quatre personnes se croisent de front. Des passants et les trois jeunes avaient remarqué la scène. Ces derniers fixèrent aussi la jeune femme, peut-être par défi envers l'étranger. Au moment de passer devant une poubelle, ils se rapprochèrent du bord du trottoir, faisant mine de ne pas voir l'Allemand et laissant comme la politesse le recommande le haut du pavé au sous-officier qui dut se rapprocher du mur sans quitter la jeune femme du regard. L'Allemand se retrouva, dans un grand bruit de ferraille, empêtré dans la poubelle. La casquette roula dans le caniveau. Un vieux monsieur qui arrivait là en cet instant salua l'Allemand d'un large et ostentatoire coup de chapeau. Le sous-officier se releva, donna un coup de pied magistral dans la poubelle ce qui n'eut pour résultat que d'attirer sur lui l'attention des passants qui n'avaient encore rien vu. Il remit sa casquette mouillée sur sa tête sans même l'essuyer. A part, le vieux monsieur condescendant jusqu'à la moquerie, tout le monde fit mine de n'avoir rien vu. Jean-Claude Raymond d'après Maurice Raymond, ma mère.