CAMP D INTERNEMENTDE DRANCY ET DEPORTATION DES ENFANYS

Un témoignage d’Odette Daltroff-Baticle qui interné à Drancy, eut à s’occuper des enfants. Libérée en 1943, elle écrivit aussitôt ces notes:

drancy
 

Nous assistons aux première déportations; crises de nerfs, des femmes se jetant par les fenêtres du 4è étage. Il fait terriblement chaud. On nous annonce l’arrivée de 3000 enfant sans parents, reste de la rafle du 15 juillet, du Vel d’hiv. On les avait mis à Pithiviers. De là on déporte les hommes, les femmes et les enfants.  Un gendarme me raconte que ce spectacle était affreux, déchirant : Ils séparent  femmes et enfants à coup de crosses; les femmes partent croyant que la Croix-Rouge pourra s’occuper de leurs enfants.

 

En hâte, elles cousent sur leurs vêtements leurs noms et adresses. On recrute parmi nous des femmes de bonne volonté pour s’occuper de ces enfants. Nous sommes munies de brassards et de laissez-passer signés par la gendarmerie, qui nous donnent droit de circuler dans le camp.

Des autobus arrivent nous en sortons des petits êtres dans un état inimaginable. Une nuée d’insectes les environnent ainsi qu’une odeur terrible. Ils ont de 15 mois à 13 ans, leur état de saleté est indescriptible, les 3/4 sont remplis de plaies suppurantes: Impétigo. Il y aurait tant à faire pour eux, mais nous ne disposons de rien, malgré le dévouement incomparable de notre chef de camp, le commandant Kohn. Pour 1000 enfants nous disposons de 4 serviettes et encore avec difficultés. Par groupe nous menons ces enfants aux douches, une fois nus, ils sont encore plus effrayants, ils sont tous d’une maigreur terrible et vraiment presque tous ont des plaies. Il va falloir essuyer les sains avec une serviette et les autres toujours avec la même toute souillée. Notre cœur se serre.

 

Autre drame: ils ont presque tous la dysenterie. Leur linge est souillé d’une manière incroyable et leur petit baluchon ne vaut guère mieux. Les mamans les avaient quittée avec leurs affaires bien en ordre, mais il y a de cela quelques semaines et depuis ils sont livrés à eux mêmes. Des femmes de bonne volontés se mettent a laver leurs effets, presque sans savon, et à l’eau froide. a cette époque il fait très chaud et cela sèche vite, mais ils sont plus de 1000.Dès que nous remettons à ces petits effets un peu propres, une heure après, ils sont sales. Les médecins les examinent à tour de bras. On leur administre du charbon de bois, on les barbouille tous de mercurochrome. On voudrait les mettre à l’infirmerie mais c’est impossible, ils doivent repartir vers une destination inconnue. Lâchement, nous leurs avons dit qu’ils allaient retrouver leurs parents; et pour cela ils supporteraient tout. Jamais nous n’oublierons les visages de ces enfants, sans cesse, ils défilent devant mes yeux, Ils sont graves, profonds et, ceci est extraordinaire, dans ces petites figures, l’horreur des jours qu’ils traversent est stigmatisée en eux. Ils ont tout compris, comme des grands. Certains ont des petits frères ou sœurs et s’en occupent admirablement, ils ont comprit  leurs responsabilités. 

Ils nous montrent ce qu’ils ont de plus précieux : la photo de leurs pères et de leur maman que celle-ci leur a donnée au moment de la séparation. A la hâte, les mères ont écrit une tendre dédicace. Nous avons toutes les larmes aux yeux; nous imaginons cet instant tragique, l’immense douleur des mères.

Ces enfants savent que comme les adultes, ils seront impitoyablement fouillés par les gens de la police aux questions juives. Entre eux ils se demandent, s’ils auront la chance de conserver un petit bracelet, une petite médaille, souvenir des temps heureux. Ils savent que ces bijoux n’ont pas grande valeur, mais ils connaissent la cupidité de leurs bourreaux. Une petite fille de 5 ans me dit «n’est-ce pas, madame, ils ne me la prendront pas ma médaille, ce n’est pas de l’or»

 

Dans leurs petits vêtements, les mères ont cousu 1 ou 2 billet de 1000 frs et ce petit garçon de 6 ans nous demande : « fais le gendarme pour voir si tu découvres mon argent».

Il y a des contagieux, on en met à l’infirmerie en vitesse. Avec les moyens di bord, on fabrique de petits lits; mais ils sont des quantités à partir avec la scarlatine, la diphtérie ETC..........

 

Nous essayons de faire la liste de leurs noms, nous sommes surpris par une chose tragique, les petits ne savent pas leurs noms. Les prénoms et les adresses que les mamans avaient écrits sur leurs vêtements avaient complètement disparu à la pluie et d’autres par jeu ou par inadvertance, ont échangé leurs vêtements.

La question est aussi un désastre : que donner à ces petits déjà malades? Cette soupe d’eau et de carottes, pas assez de récipients ni de cuillères.

Il fallait les coucher à 3 ou 4 sur des paillasses infectes et qui le devenaient d’heure en heure de plus en plus, par cette dysenterie qui torturait tous les corps.

Beaucoup n’avait plus de chaussure, nos cordonniers on pu fabriquer pour certains enfants des sortes de chaussures avec des morceaux de bois et des ficelles, d’autres sont partis nus pieds.

 

Avant le départ pour le grand voyage, ils rasaient les hommes, les femmes, les enfants des deux sexes. Cette mesure est vexatoire et agit beaucoup sur le moral des individus, particulièrement chez les enfants. Un petit garçon pleurait à chaudes larmes. Ils avaient environ 5 ans. Il répétait qu’il ne voulait pas qu’on lui coupe les cheveux, sa maman en était si fière et puisqu’on lui promettait qu’il allait la retrouver, il fallait qu’elle la retrouve intacte.

Après le départ de 3000 à 4000 enfants sans parents, il en restait 80, vraiment trop malade pour partir avec les autres, il nous était permis de les garder un peu plus longtemps. Ils ont entre 2 à 12 ans. Comme les adultes ils sont mit de côté pour le prochain départ. Les 1000 personnes choisies pour le prochain départ sont isolées du reste du camp pendant 2 ou 3 jours, hommes, femmes et enfants  sont sur de la paille    

Rapidement souillée et mouillée. A partir de 3 heures du matin nous devions nous occuper des 80 enfants, les préparer au départ, les habiller... En rentrant, il y avait de quoi se trouver mal tellement que l’odeur était forte. Je trouvais mes enfants endormis et sans lumière, je commençais à les préparer, je ne savais pas par quel bout commencer. Vers 5 heures du matin il fallait les descendre dans la cour pour qu’ils soient prêt à monter dans les autobus de la STCRP qui menaient les déportés  à la gare du Bourget. 

 

Impossible de les faire descendre; ils se mirent à hurler, une vraie révolte, ils ne voulaient pas bouger, l’instinct de conservation. On ne les mènerait pas à l’abattoir si facilement. Cette scène était épouvantable, je savais qu’il n’y avait rien a faire, coûte que coûte, on les ferait partir.

En bas on s’énervait, les enfants ne descendaient pas, j’essayais de les prendre un par un pour les faire descendre mais ils se débattaient, et hurlaient. Les petits étaient incapables de porter leur petit paquet. Les gendarmes sont montés et ont bien su les faire descendre, pourtant ce spectacle en ébranla tout de même quelques un. Au moment du départ, on pointait chaque déporté. Sur les 80 gosses, environ 20 ne savaient pas leurs noms. Tout doucement, nous, nous avons essayé de leur faire dire leurs noms mais sans résultat. a ce moment surgit devant moi, le maître de toutes ces destinées, le sous-officier allemand Heinrichsohn, 22 ans, très élégant en culotte de cheval, ils venait à chaque départ assister à ce spectacle, qui, visiblement, lui procurait une immense joie. 

Je ne puis oublier la voix de ce petit garçon de 4 ans, qui répétait sans arrêt sur le même ton, avec une voix grave, une voix de basse incroyable dans ce petit corps : - «Maman, je vais avoir peur, maman je vais avoir peur»

 

Extrait du carnet du musée de la résistance de la déportation et de la libération