DES HOMMES DE GUERRE ET DE CHAIR

Qu’ils soient universitaires ou simples descendants des soldats de la Grande Guerre, ils refusent l’oubli : ce serait enterrer une deuxième foisces poilus "morts pour la France".

Un siècle plus tard, à Brouzet-lès-Alès, la Grande Guerre n’est pas qu’un lointain souvenir. "Ici, les petits-fils des poilus ne peuvent évoquer cette période de l’histoire sans émotion. On sent encore le traumatisme", témoigne Grégory Viguié, passionné et diplômé de généalogie.

Souvenirs

"La grande histoire a bouleversé la vie de ces familles rurales. Dans ce village qui comptait 450 habitants en 1914, la grande majorité des chefs de famille appelés sous les drapeaux étaient des cultivateurs : ils assuraient la survie du clan par leur travail. Leur départ a complètement bouleversé l’organisation familiale et leur retour, tragique pour vingt d’entre eux, dramatique pour les estropiés et les “gueules cassées”, a engendré des deuils et des blessures dont les stigmates ne sont pas complètement effacés."

Des hommes du pays

Les plaques d’identité de métal ramenées aux familles sont gravées dans le marbre du monument aux morts de la commune. La tête tournée vers le ciel, le coq gaulois, symbole de la République, dominant cette stèle, rend hommage à ses "morts glorieux".

Des hommes du pays, âgés de 19 à 37 ans, cultivateurs, bergers, menuisiers, cochers de fiacre, dont Grégory Viguié a suivi les incorporations, les différentes affectations sur les champs de bataille, les souffrances dans les hôpitaux de campagne dont dix ne sont jamais sortis, à travers la lecture des archives départementales et militaires.

C’était très émouvant"

À travers les documents d’époque, ces poilus ont dit les batailles de la Somme, des Vosges. Ils ont raconté la prison où un refus d’obéissance les avait conduits. Ils ont livré leur état de santé fracassée par la vie dans les tranchées, les déluges de métal, l’air empoisonné par les gaz.

Le généalogiste est devenu un de leurs intimes, voire un membre de leurs familles qu’il a rencontrées. Ainsi, après avoir gagné l’adhésion des morts pour la France, Grégory Viguié a emporté celle des vivants. "Pendant que je faisais mes recherches dans la mairie de Brouzet, les gens de la commune sont venus me voir et me raconter les souvenirs familiaux. C’était très émouvant."

Tout comme le furent les retrouvailles des Viguié : le généalogiste, dont la famille est originaire de ce village des Cévennes, a rencontré là sa cousine au deuxième degré. Ainsi va l’histoire sans fin.

 

 

 http://www.midilibre.fr