Douadic : le camp oublié

Ce lieu qui fut d'abord un camp de prisonniers allemands, aménagé en 1939 avec des baraquements et des miradors. Un usage qui va rapidement et constamment évoluer après l'armistice de juin 1940, lors de laquelle tous les prisonniers seront libérés.

Tour à tour lieu d'hébergement pour victimes de l'exode, centre de démobilisation, chantier de jeunesse ou lieu de stockage pour matériel, il va connaître une funeste évolution à l'été 1942. A la suite des accords Oberg-Bousquet, le chef de la police de Vichy s'engage à livrer un certain nombre de Juifs étrangers aux Allemands. Pour Paris et la zone Nord, c'est la rafle du Vel' d'Hiv, le 16 juillet 1942. La zone sud, non-occupée, connaîtra elle aussi une rafle, le 29 août 1942, assurée uniquement par la police et la gendarmerie françaises, dans tous les départements. Pour l'Indre, le Cher et l'Indre-et-Loire, c'est Douadic qui est choisie pour accueillir ce camp officiellement « de transit » mais d'internement dans les faits. Selons les chiffres officiels, 210 personnes – sans doute beaucoup plus – y sont emmenées, puis « triées » pendant quelques jours pour déterminer celles qui sont déportables, avant d'être envoyés au fur et à mesure vers les camps régionaux de Nexon (Haute-Vienne) ou de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), puis vers Drancy, dernière étape avant les camps allemands.
Le 23 février 1943, une seconde rafle a lieu dans la zone non-occupée, pour les hommes juifs étrangers. Cette fois-ci, c'est une liste d'une centaine de noms qui est dressée, beaucoup étant prévenus par la gendarmerie puis cachés. Les convois les acheminent cette fois-ci vers Gurs (Pyrénées-Atlantiques), puis Drancy.
En parallèle, entre 1942 et 1944, le camp de Douadic sert aussi de centre d'accueil pour réfugiés qui ont fui la zone occupée pour l'Indre, département le plus proche de la ligne de démarcation.

On y trouve des Juifs, pas forcément français, mais qui ont des enfants nés en France, des gens qui arrivent d'autres camps, ainsi qu'une dizaine de nationalités : des Polonais, des Espagnols et même un Chinois ! Des gens qui n'ont plus rien ou nulle part où aller, ou que l'on veut surveiller plus attentivement.
Au printemps 1944 ont lieu les dernières déportations, plus discrètes et au cas par cas, pour constituer d'ultimes convois vers Nexon et Drancy. Le site cessera son activité de camp d'hébergement le 31 octobre 1944. Les derniers réfugiés partis, il accueillera encore, pendant quelques mois, des collabos en attente de jugement.
Finalement, le camp de Douadic fermera ses portes à l'été 1945

source la nouvelle republique

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