CAPITAINE DE GENDARMERIE HENRI BERNARD ET SA FAMILLE

 Le commissaire Rousseau, l’inspecteur de police Ruget du Creusot et l’agent de préfecture, Billot, arrêtés dans la même opération par la Gestapo, le 21 mars 1944, ont aussi été déportés1 En 1944, le capitaine Henri, Félix Bernard, originaire de Lyon2 , commande la section de gendarmerie du Creusot. Avec sa famille, il a connu l’exode, en 1940, jusqu’à Saint-Rémy-sur-Durolle près de Thiers. C’est là que, sa fille Paule-Yvette rapporte que la famille a appris l’Armistice le 17 juin et l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle. Le capitaine, son épouse Marguerite Alix, et leurs trois enfants, Paule-Yvette, Yves et Janine (13 ans), habitent impasse de la Charmille au Creusot. Dans cette famille de militaires, chaque membre œuvre pour la Résistance dans les réseaux du SOE3 ; le capitaine au réseau Buckmaster avec le commandant d’Ivernois, responsable de la sécurité de l’usine Schneider du Creusot, Paule-Yvette, employée à l’enregistrement des Domaines, au réseau Mason4 -Porthos, Yves au réseau Aristide et à l’AS du Creusot. Le capitaine Bernard ne cache guère ses sentiments contre l’Occupant. En 1941, il était passé devant le « Conseil de Guerre allemand » pour insulte à l’armée allemande. La Gestapo le surveille. La famille participe, au sein du réseau, à des opérations de parachutage, à des actes de sabotages contre les voies de chemin de fer, les dépôts d’essence de l’usine, la dissimulation de stocks de carburant notamment de benzol, grâce au directeur Henri Charles Stroh, l’établissement de fausses cartes d’identité ou d’alimentation, le renseignement sur les mouvements allemands ; Paule-Yvette joue le rôle de passeur de la ligne de démarcation. 

                                                                                  

Le réseau a été infiltré par les allemands grâce à un certain Gressard5 . Le 21 mars, Le Sipo-SD déclenche une opération d’envergure contre une trentaine de creusotins. La fille ainée du capitaine raconte le début de cette journée comme une autre.6 « Papa7 est au bureau. Yves a rendez-vous ainsi que son ami Edo, chef du groupe polonais, accompagné de notre chienne Mirka, avec le dénommé Gressard qui doit leur remettre des armes. La table est mise. Maman, Janine et moi attendons  patiemment le retour de nos hommes. Tout d’un coup la sonnerie de la porte retentit. C’est le propriétaire du café qui nous apprend l’arrestation d’Yves et d’Edo. Mon père arrive, il est déjà au courant. Aussitôt, nous faisons un feu d’enfer, dans le poêle de la chambre d’Yves qui donne directement dans le jardin, et brûlons un maximum de papiers compromettants, fausses cartes identité, cachets, cartes alimentation etc… et en mettons une partie ainsi que des tampons dans une mallette que Janine a portée chez Michaud (qui les a planqués chez Schneider et les a retrouvés après la guerre). Le frère d’Edo vient, Fernand Billot aussi ; on les supplie de repartir. Fernand reste et la gestapo arrive directement par la chambre d’Yves. Jacques Sauvageot, qui deviendra mon mari, a été stoppé par des gens, à l’entrée de notre impasse (alors qu’il s’apprêtait à venir à la maison) qui lui ont dit que la gestapo arrêtait la famille Bernard. Il l’a échappé belle ! Deux « Citroën » noires nous attendent dans la rue. Papa, menotté dans le dos […] Janine et moi montons dans la première voiture où se trouve Edo qui a été battu, Maman et Fernand dans la 2ème avec Yves (n’ayant pas trouvé notre ami Fernand chez lui, la gestapo a arrêté son père. Celui-ci sera libéré 1mois plus tard.). Nous nous retrouvons tous assis par terre à même le carrelage dans une salle d’école, avec madame d’Ivernois, Henri et Monique (16 ans), Pierre Michaud, Lucien Meizel, Rey, sous-directeur de Schneider, et Billot père. » Dans cette véritable rafle tombent le commandant d’Ivernois, le commissaire de police Daniel Fernand Rousseau8 , Henri Charles Stroh, ingénieur général du Génie maritime, directeur de l’usine9 , les frères Billot, dont Fernand10 , agent de préfecture, membre de l’AS, qui est en possession d’explosifs et l’inspecteur de police Paul Ruget11, appartenant aux Groupes Carvin et Debarnot du Creusot « Au total 22 déportés sauf Rey et Billot. 7 sont rentrés. A l’heure actuelle, nous restons 4 : Michaud, Meizel, Janine et moi. » Paule-Yvette Bernard, déportée en juin 1944 à Ravensbrück, est rapatriée en avril 1945. Elle épousera Jacques Sauvageot. Sa mère Marguerite, diabétique, décède le 24 mars à la prison de Chalon-surSaône. Son frère Yves12, déporté le 4 juin 1944 à Buchenwald, meurt le 21 décembre 1944 à BergenBelsen 

Tire de l'histoire de la police