JE N AI PAS TIRE UNE BALLE

Raymond Béziat

Une jeunesse bohème Raymond est né à Coujou près de Brassac en 1924. Poussée par la quête du travail, la famille «émigre» dans l'Hérault, du côté de Saint-Chinian. Mais, très vite, le petit Raymond revient auprès de sa grand-mère hameau Le Verdier (Brassac), où il passe le clair de son temps dans la nature. «Une jeunesse de bohème, reconnaît-il. J'avais 15 ans en 1939, donc 20 en 44. J'ai fait tous les métiers qui se présentaient… mais aussi, pas mal de braconnage et un peu de trafic, pour améliorer l'ordinaire : je descendais du jambon, des fromages, de l'eau-de-vie et des lapins sur Béziers, et remontais avec des patates, du sulfate de cuivre.» Puis, vint février 1944 et un débarquement (celui de Provence) qui s'annonçait : «La «24» a été convoquée pour une visite médicale à Béziers ; on nous parlait d'aller travailler pour des fortifications sur le littoral. Certaines personnes nous ont informés que l'on pouvait éviter le chantier en allant couper du bois dans Le Pardailhan (NDLR : nord de l'Hérault). ça n'a pas fonctionné… Alors je suis reparti me planquer entre Brassac et Anglès.» Et d'ajouter : «J'étais alors dans le maquis sans y être… Alors, au mois de juin, lorsqu'un copain, André Gautran est venu me voir au Verdier, je l'ai suivi. Nous sommes partis sur son vélo jusqu'à Espérausses, à La Tourette. Puis, à la ferme Camp soleil à Vabre, on nous a donné des armes et on s'entraînait. Une section de 35 hommes environ.» Raymond en vient alors au jour J : «La veille de ce jour J, le 20 août, nous avons été informés que nous allions quitter le camp. On prépare le barda et on enterre le superflu dans les bois. Moi, j'étais 1er convoyeur de mitrailleuse. À travers les bois du Sidobre, on récupère notre gazogène camouflé, puis, on se rapproche de la ville dans la nuit.» Aucune balle tirée Il continue : «On s'arrête au-dessus de Lafontasse. Le ciel était étoilé. Jour J : au petit matin on descend sur Castres. Au niveau de ce qui est aujourd'hui le rond-point des Filtres, trois sont désignés : Jacques Cèbe, notre chef, Maurice De Comte, mitrailleur, et moi-même. Notre mission : se rapprocher de la caserne Fayolle et empêcher toutes sorties. On passe par un fossé, puis on arrive au niveau d'un muret de pierres. C'est là que l'on se cale, attendant de nouvelles consignes. Le temps nous a paru d'une longueur infini. Enfin, quelqu'un est venu nous dire que la reddition était signée. Sinon, il faut bien le dire, nous aurions été sulfatés ! Un groupe important de maquisards est entré dans la caserne où furent désarmés les soldats. En petits groupes, ils ont été amenés au stade (NDLR : Pierre-Antoine aujourd'hui). Je fus désigné pour participer à la garde, notamment pour éviter des incidents avec la population. À 21 heures, j'étais relevé. Notre lieutenant, Guy Alquier-Bouffard, est venu me chercher en Mercedes décapotable. Mémorable ! On faisait les caïds en débarquant en ville au resto… On a mangé nos pois cassés, puis Gautran est venu me dire que notre section allait occuper le Grand-Hôtel où se trouvaient les officiers. Castres libérée, nous sommes partis en direction de l'Hérault, par les Verreries-de-Moussan, via Anglès.» Et Raymond de conclure : «Il faut imaginer ça : à Castres, je tenais des centaines d'Allemands en joue… mais je n'ai pas tiré une balle !» .ladepeche.