L'ÉPURATION : LES LENDEMAINS SOMBRES

L'heure des règlements de comptes a sonné ?

À la Libération, Les rancœurs accumulées au cours de ces 4 années d'occupation se libèrent. La traque des collaborateurs ou présumés tels s'intensifie.

Limitée mais présente, l'épuration extra-judiciaire ou "sauvage" ne peut être que partiellement contenue par les autorités de la Résistance et de la Libération dans le département des Deux-Sèvres.

Hors de tout cadre légal, ne s'embarrassant pas des principes de la justice, des petits groupes de résistants s'improvisent "justiciers". Un peu plus d'une dizaine de personnes sont ainsi exécutées de la manière la plus sommaire ou après être passées devant des "tribunaux clandestins" plus ou moins improvisés et composés de résistants. La suspicion et parfois les rancœurs d'avant guerre suffisent à convaincre les victimes - parfois sans preuves - de collaboration.

Si les victimes sont essentiellement des miliciens et des collaborateurs actifs, on assiste aussi à de véritables lynchages : femmes tondues, exécution en pleine rue…

Encouragés par une minorité de résistants, bien souvent de "la dernière heure", ces débordements expriment une haine trop longtemps contenue. Cette violence spontanée prend un caractère exutoire. Juges partiaux et justice expéditive caractérisent la purge de l'été 1944.

Entre l'été et l'hiver 1944, l'opinion publique semble porter une oreille attentive aux cris vengeurs tout en souhaitant une épuration régulière.

L'épuration sauvage : la tonte des femmes

 

Tonte dune femme soupçonnée de collaboration dans les Deux-Sèvres - fin 1944 © Conservatoire de la Résistance et de la Déportation des Deux-Sèvres et des régions limitrophes

Tonte d'une femme soupçonnée de collabo-
ration dans les Deux-Sèvres - fin 1944
© Conservatoire de la Résistance et de la
Déportation des Deux-Sèvres et des régions
limitrophes

Dans l'ensemble, ces tontes, la "coupe 44", sont pratiquées le jour de la Libération ou dans les jours qui suivent, dans des lieux symboliques (préfecture, mairie, place publique…) et sont censées châtier une collaboration charnelle avec l'ennemi. Si la collaboration "horizontale" est explicitement visée, cette pratique vise également les femmes considérées comme des collaboratrices par une personne ou un groupe de personnes détenant ou s'octroyant une forme de pouvoir, en un lieu et un moment donnés. Même si elles restent rares, les "tontes clandestines", au domicile de la personne, existent. Les coups les accompagnent parfois. Il en est ainsi pour G., résidant dans les Deux-Sèvres, chez laquelle une équipe de repris de justice se disant résistants est entrée. Ils l'ont bousculée dans la rue, frappée, violée et tondue. Pratique relevant de l'épuration stricto-sensu ou exaction ? La frontière entre les deux s'amenuise jusqu'à la confusion. Bien qu'éphémère, ce phénomène se joue dans les villes et villages deux-sévriens. Exhibées à la foule, promenées dans les rues, stigmatisées aux yeux de la société, mises au ban de la société. Combien sont-elles à avoir subit ces sévices ? Le quantifier avec précision est très difficile car combien n'apparaissent pas dans les rapports de gendarmerie, dans les procès verbaux ? Toutefois, ces pratiques concerneront, en France, environ 20 000 femmes entre 1943 et 1946.

Pourquoi ces sévices ? Pourquoi cette stigmatisation du corps féminin ?

Par son caractère purificateur, cette pratique semble vouloir effacer la culpabilité collective et restaurer dans l'ivresse de la Libération une identité nationale malmenée pendant 4 ans d'occupation.

L'épuration de la presse

presse 1944 © Conservatoire de la Résistance et de la Déportation des Deux-Sèvres et des régions limitrophes

Extrait du Courrier de l'Ouest daté du 12
octobre 1944 © Conservatoire de la
Résistance et de la Déportation des Deux-
Sèvres et des régions limitrophes
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Les journaux collaborationnistes nationaux et régionaux disparaissent à l'exemple du Mémorial des Deux-Sèvres. D'autres, souvent issus de la clandestinité comme la Nouvelle République (succédant à la Dépêche du Centre dont l'un des fondateurs est Emile Bêche) naissent dès septembre 1944. Le Petit Courrier devient le Courrier de l'Ouest. Les lecteurs deux-sévriens peuvent se procurer République, le journal du Comité Départemental de Libération des Deux-Sèvres.

Permettre la naissance d'une presse libre, rompre avec les pratiques du régime de Vichy, telles sont les volontés du Gouvernement Provisoire de la République Française.

L'épuration légale

Reconstruire la France selon les axes définis dans le programme du  Cobseil Nayional de la resistance, adopté à l'unanimité le 15 mars 1944, supposent l'élimination de tout ceux ayant commis des actes de collaboration entre le 16 juin 1940 et la libération (adhésion à des mouvements de collaboration ou de propagande, délation, zèle envers l'occupant, marché noir…). Parallèlement, les nouveaux pouvoirs veulent à tout prix éviter que la France soit le théâtre d'une guerre civile. De Gaulle, comme les ministres de la justice François de Menthon puis Pierre-Henri Teitgen, souhaitent une épuration judiciaire rapide et limitée dans le temps.

Si le Code Pénal de 1939 offre une base juridique, il ne prend toutefois pas en compte ni les délations ni les actes commis contre les Alliés (les dénonciateurs et les Français engagés dans la Waffen SS). Dès lors, le pouvoir gaulliste modifie la loi : l'ordonnance du 26 août 1944 définit un nouveau crime et crée son châtiment "L indignité National" et "la dégradation nationale". Cette ordonnance donne satisfaction à l'opinion : "tout individu ayant porté préjudice à l'unité de la France et négligé son devoir national […] tombe sous le coup de la loi".

L'individu frappé de dégradation nationale perd de nombreux droits : civiques, politiques, civils et professionnels.

 

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