LA GENDARMERIE ET LA RESISTANCE

12 OOO gendarmes dans la résistance

la gendarmerie « ni n’a été massivement complice des rafles et des déportations, ni n’a été un instrument zélé au service de l’Etat Vichyste, ni n’a pas été un relais docile de la politique de collaboration … Au contraire de nombreux soldats bleus ont rejoints très tôt la Résistance.

Ils ont œuvré dans les réseaux existants, créé leurs propres antennes, combattu dans les maquis ….Le quart de l’effectif a participé activement à la Résistance soit 12 000 gendarmes. Un pourcentage dont aucun autre corps de métier ne peut se prévaloir. »

EN GUISE DE PRÉAMBULE !

Sur les 12.000 gendarmes engagés dans la Résistance, 2.161 ont été arrêtés dont 1.141 ont été fusillés, ou morts en Allemagne, en prison ou en camp de concentration, ou tués au cours d’opérations de libération en France. Et 920 sont rentrés de déportation. La croix de la Libération a été décernée à 4, la médaille de la Résistance à 360, la Légion d’Honneur à 351, la médaille militaire à 1.060, la croix de guerre avec citations à 4852, la médaille des justes d’Israël à

LE RÉSEAU « SAINT JACQUES » DE MAURICE DUCLOS ET JEAN VERINE

 A Londres, le général de Gaulle décide, dès Juillet 1940, la création d’un Service de Renseignements en France qui soit en mesure d’identifier les forces et les installations à la disposition des allemands. Pour cela, trois réseaux, dépendant du BCRA, sont créés.

Le premier, depuis Paris, couvrira le Nord et l’Ouest jusqu’à la Touraine. Son responsable en sera Maurice Duclos . Il deviendra le réseau « Saint Jacques ».

Le deuxième, couvrant toutes les côtes du Cotentin à l’Espagne sera confié à Gilbert Renault alias « Rémy ». Le réseau s’appellera « La confrérie Notre Dame » .

Le dernier, en zone libre, sera confié à Pierre Fourgaud alias « Barres » deviendra le réseau « Luras ». Duclos va être le premier agent opérationnel en France. Il installe « Saint Jacques » à Paris et sa première recrue est le chef d’escadron de gendarmerie Jean Vérines , grand mutilé de 14/18 et commandant d’un bataillon de la « Garde », place de la République. Duclos le charge d’organiser, au sein de la « Garde » et de la gendarmerie :

- un maillage capable « d’expertiser » l’état des forces terrestres, aériennes et maritimes du 3ème Reich du Nord de la France à la Normandie.

- des lieux de passage à travers la ligne de démarcation

Jean Vérines recrute dans son bataillon et au-delà. Ainsi du colonel Jean Baptiste Raby commandant de la 9ème région de gendarmerie de Tours, lui aussi vétéran de 14/18. Ainsi du colonel Emile Boillon, chef de la gendarmerie d’Amiens.

En décembre, l’antenne Vérines couvre Paris, la Somme, l’Eure et la Touraine et l’antenne Nord, confiée par Duclos à Lucien Feltesse, un belge, couvre le Nord de la France et la Belgique. Ce sont, en tout, 300 agents qui arrivent à déterminer dans le territoire confié à « Saint Jacques » la composition des unités de la Wehrmacht, leurs armements, l’état des voies routières, ferrées et fluviales, la description des aérodromes qui ont été crées avec des stocks considérables d’essence et de munitions Délégué d’Himmler en France à la tête du SD (service de renseignements) et de la SIPO (police de sécurité) Où il arrive par mer le 3 août 1940 Les gendarmes dans la Résistance et qui sont protégés par une puissante DCA .

« Saint Jacques » cartographie des lieux de parachutages/atterissages, organise le passage de la ligne de démarcation pour le courrier, les agents et les aviateurs alliés rescapés. Duclos retourne à Londres, obtient des moyens radio et revient en France avec un radio, Jean Mulemann, qui, retourné par l’Abwehr, va provoquer des désastres en cascade dans le réseau « Saint Jacques ». En attendant « Saint Jacques », poursuit sa recherche de renseignements et est en mesure de décrire pour la Navy, l’importante concentration de sous-marins au Havre.

En parallèle l’Abwehr progresse dans la connaissance de ce réseau et, le 20 juin 1941 la SIPO arrête le Capitaine de gendarmerie Albert Morel et le gendarme Amédé Devineau au moment où ils franchissent la ligne de démarcation. Ils ont sur eux un abondant courrier notamment les plans de la base sous marine de Saint Nazaire. La SIPO attendait les deux agents. Ils avaient donc été donnés. Par Mulemann ? Sans doute.

La SIPO, dans la foulée, intervient à Paris, rate Duclos, mais la torture sans doute aidant, va arrêter le Colonel Raby, le Lieutenant Ernest Laurent et plusieurs de leurs hommes à la 9ème légion de gendarmerie (Tours), le Colonel Boillin, l’Adjudant chef Legrand et plusieurs de leurs hommes (Amiens), le Capitaine Le Flem et plusieurs de ses hommes (Pont l’Evêque)…. C’est ainsi que la SIPO arrive à Vérines qui est arrêté le 22 octobre 1941 avec plusieurs gardes.

LE RÉSEAU « VÉRITÉ FRANÇAISE » DU CAPITAINE DESCAMPS

Et ils seront nombreux. Tel le capitaine Henri Clotaire Descamps, basé à Soissons, à la tête de la section locale de gendarmerie antenne du mouvement du « Musée de l’homme »

. Descamps aide le passage en zone libre de quelques prisonniers de guerre évadés, rencontre Daniel Douay et devient, avec lui et seize autres agents dont des gendarmes.

Le premier gendarme condamné à mort fut Maxime Garin de la 2ème légion de Picardie ;Membre du réseau « Saint Jacques », il est passé par les armes fin décembre 1941 malgré une intervention de SERIGNAN, < FIL CONDUCTEUR DE LA RÉSISTANCE DE LA GENDARMERIE > près de Otto Von Stupnagel encore en fonction. Vains sont aussi les efforts de Sérignan pour le capitaine Descamps. Ce dernier, après avoir été très sévèrement torturé, reste au secret à Fresnes pendant 5 mois. Son procès commence le 15 mai 1942. Il sera long. Défendu par Heanning, Descamps est, néanmoins, condamné à mort. Sérignan dépose, alors, un recours en grâce et intercède directement auprès du nouveau chef des troupes d’occupation, le général Karl Heinrich Von Stupnagel. Sérignan croit avoir gagné lorsque, en septembre 1942, on lui annonce que la peine de Descamps est commuée en 20 ans de forteresse en Allemagne. Mais c’est sans compter sur la duplicité de Von Stupnagel qui, dès le 22 août 1942 a ratifié l’exécution par « décapitation à la hache » du condamné. Descamps, le 14 septembre 1942, part en Allemagne. Il passe de prison en prison jusqu’à celle de Brandebourg (près de Postdam) où, le 23 septembre 1942, à 5h21 du matin, il est exécuté.

Le 14 août 1942, c’est au tour d’un autre gendarme, Edouard Charlot (photo), d’être condamné à mort. Sérignan se risque alors à proposer l’échange du gendarme contre un membre de l’Abwehr arrêté en zone libre. Von Stupnagel accepte apparemment, allant même jusqu’à évoquer une libération, sous réserve de l’accord préalable de Berlin. Charlot est envoyé en Allemagne où Keitel, outré qu’un vaincu ose faire pareil chantage, décide « que la peine concernant le gendarme français, formulée par les juges du Reich, sera appliquée à la lettre, à l’allemande par un bourreau allemand » C’est ainsi que Charlot est décapité le 4 janvier 1943 à la prison de Cologne.

LE MARTYRE DU COMMANDANT FONTFREDE !

Rappeler ces quelques exemples de participation de gendarmes à la Résistance ne doit pas faire oublier que ce sont 12.000 gendarmes et gardes qui, sur tout le territoire, sont entrés en Résistance. Beaucoup ont été frappés d’arrêts de rigueur, de suspension de fonction et nombre d’entre eux ont été arrêtés, torturés, déportés, fusillés.

Parmi eux, le Commandant Antoine Fontfrede. C’est un « honorable correspondant » du Colonel Paul Paillole, ancien chef du contre espionnage au sein des services spéciaux devenus clandestins qui combat la pénétration des services spéciaux allemands en zone libre.

Fontfrede est à la tête de la gendarmerie du Puy de Dôme et il est également membre de l’ORA et du réseau Mithridate. Le 1er octobre 1943 le SD l’arrête, l’accusant d’avoir préparé un attentat à l’explosif capable de détruire la voiture blindée de Laval alors que c’est son unité qui doit couvrir les déplacements de ce dernier entre sa résidence de Chateldon et Vichy. Il est torturé et un communiqué du 11 octobre annonce qu’il a été fusillé. En réalité, via Compiègne, il est déporté, le 14 mai 1944, à Buchenwald puis affecté au KO Ellrich. Puis c’est une « marche de la mort » où Fontfrede n’avance plus que soutenu par trois autres déportés dont un gendarme de Volvic, Pierre Paulze qui l’accompagne partout. Tous quatre réussissent à s’évader mais Fontfrede trop fatigué ne peut pas suivre. Paulze reste avec lui et tous deux disparaissent, sans doute tués par une unité de Volkssturm .

Ce sont 1.373 gendarmes qui ont été déportés. 454 ne revinrent pas et 338 furent fusillés dont, au Vercors, les gendarmes Courrech, Lespinasse, Barrau, Chalaye et Clesse, à Grenoble le gendarme Raymond, à Beaurepaire le gendarme Offner

Tiré du livre de Pierre Accoce

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