Le bombardement de Lambres-lez-Douai,

le 3 août 1944: une erreur de cible?

Le 3 août 1944, vers 18 h ou 19 h 30 (les avis divergent), la commune a connu un bombardement meurtrier. Près de quatre-vingts personnes y laissèrent la vie et tout le centre-ville fut rasé.

Georgette Desbonnet-Mélayers se souvient Georgette

Desbonnet-Mélayers était cheminote lors du bombardement… Soixante-dix ans plus tard, elle n’a rien oublié. « Le 3 août 1944, j’étais agent de la SNCF à la gare de Corbehem. J’ai eu la permission de rentrer plus tôt chez moi, pour fêter mon anniversaire. J’avais été nommée à ce poste provisoirement, suite au décès d’un agent cheminot, tué lors d’un bombardement précédent. Normalement, j’occupais un poste, rue Victor-Hugo, à Douai. Ce remplacement m’a sauvé la vie. Il m’a permis d’échapper au bombardement du 11 août 1944 de Douai. J’ai perdu quatre-vingt-huit collègues de travail, à cette date. Je revenais donc à bicyclette de Corbehem, longeant la voie ferrée (un endroit stratégique, j’en frémis aujourd’hui), pour rejoindre mon domicile lambrésien. C’était une journée ensoleillée, avec un beau ciel bleu. J’allais fêter mes 18 ans. Il était 18 h. Ma mère préparait des gaufres. Réfugiés à la cave À peine rentrée, toute la famille a dû se réfugier à la cave. Nous avions entendu les avions. Toute ma vie, j’aurai dans la tête ce bruit strident des bombes qui tombaient en fendant l’air comme un éclair… J’ai quand même une anecdote amusante à raconter. À trente minutes de notre logis, rue de la République, une bombe s’est abattue sur la fosse d’aisance d’une maison. Elle a littéralement explosé. Toutes les habitations environnantes étaient couvertes d’excréments. Heureusement que nous n’étions pas dehors ! Après ce bombardement, c’était la désolation générale. Dans mon souvenir, c’est un jour effroyable. »

Il n’existe que des témoignages d’habitants aujourd’hui âgés ou disparus, au sujet de cet événement tragique.En effet, les archives municipales furent la proie des flammes, ce jour-là.

D’après un rescapé, les destructions seraient dues à une erreur de cible. Celle visée aurait été l’usine BP (British Petroleum) de Courchelettes, avec son dépôt de carburant et sa raffinerie. Mais la cheminée d’une sucrerie, haute de 52 mètres, qui se situait sur l’actuelle place De Gaulle, aurait été à l’origine de la confusion. Un premier bombardement américain, en tapis, avait dégagé des nuages de fumée qui trompèrent les aviateurs anglais chargés du second passage. La cheminée et les environs furent bombardés. Une erreur fatale pour la ville ? C’est une hypothèse tout à fait plausible. En tout état de cause, tout le centre de la localité a été détruit : église, mairie, école, commerces… Paul Hennebois, maire depuis 1932, fut terrassé par un accident cardio-vasculaire le lendemain, devant le constat du nombre de pertes humaines – environ 80 tués et décédés de suite de blessures – et des dommages subis par la ville. C’est Maître Bufquin, adjoint au maire de Douai, qui fut désigné pour prendre en charge les affaires courantes de la cité. Quant à la cheminée qui aurait leurré les Alliés, elle est restée debout mais a finalement été abattue dans les années soixante, lors de la reconstruction de l’église. La ville, ayant été particulièrement exposée, s’est vue attribuer la croix de guerre, le 25 juillet 1948

. Sources : archives reconstituées entre 2002 et 2006 par Eugénie Laturelle, adjointe à la communication, grâce aux témoignages recueillis auprès de Mme Hennebois, MM.Janssens, Desbonnet.

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