LE <COMPTABLE D AUSCHITZ >

A 93 ans, le «comptable d'Auschwitz» sera jugé en avril 2014

L'Allemand Oskar Groening, ancien garde du camp d'extermination nazi d'Auschwitz, sera jugé pour complicité d'assassinat de 300.000 personnes.

Le «comptable d'Auschwitz» sera sans doute l'un des derniers nazis à faire face aux juges. Alors que le monde a commémoré la semaine dernière la libération par l'armée soviétique du camp d'Auschwitz-Birkenau, l'Allemand Oskar Groening, ancien gardien de ce camp d'extermination où ont péri 1,1 million de personnes, sera jugé à partir du 21 avril prochain, a annoncé ce lundi le tribunal de Lunebourg cité par la presse britannique. Cinquante-cinq parties civiles, essentiellement des survivants et des familles de victimes, participeront à son procès à Lunebourg, dans le nord de l'Allemagne.

L'homme de 93 ans, déclaré apte à être jugé, est accusé de «complicité de meurtres dans au moins 300.000 cas», un nombre calculé en fonction de celui (estimé) de personnes qui sont mortes dans les chambres à gaz entre le 16 mai et le 11 juillet 1944. «Maillon» de cette machine à tuer, Oskar Groening, qui avait 21 ans à l'époque, était chargé de collecter et comptabiliser l'argent et les autres biens des détenus afin de les transférer aux autorités nazies à Berlin. Il devait également cacher les valises des personnes exterminées afin que les nouveaux arrivants ignorent le sort qui les attendait. Selon les magistrats allemands, il a «aidé le régime nazi économiquement, et soutenu les massacres systématiques». Groening ne nie pas avoir travaillé à Auschwitz

Contrairement à la plupart des autres suspects encore en vie, l'officier SS, qui vit aujourd'hui en Basse-Saxe, n'a jamais caché avoir été gardien dans ce camp situé en Pologne occupée. Il déclarait ainsi sur la BBC en 2005: «J'ai vu les chambres à gaz, j'ai vu les crématoriums». Dans un entretien au journal allemand Der Spiegel en 2005, il racontait une des scènes d'horreur à laquelle il avait assistée après l'arrivée d'un convoi de détenus juifs: «Soudain, j'ai entendu un bébé pleurer. L'enfant était couché sur la rampe d'accès, enveloppé dans des haillons. Une mère l'avait laissé derrière, peut-être parce qu'elle savait que les femmes ayant des enfants étaient immédiatement envoyées dans les chambres à gaz. J'ai vu un autre soldat SS attraper le bébé par les jambes. Les pleurs l'avaient dérangé. Il a fracassé la tête du bébé contre la paroi de fer du wagon jusqu'à ce qu'il soit silencieux». Oskar Groening assure toutefois n'avoir lui-même jamais participé aux atrocités dont il était témoin.

La traque aux derniers criminels nazis est devenu une course contre la montre, les survivants disparaissant peu à peu sans jamais avoir été inquiétés. En décembre 2013, un autre ancien nazi soupçonné d'avoir été gardien dans ce camp, Hans Lipschis, qui faisait partie des dix criminels nazis les plus recherchés par le centre Wiesenthal, avait été considéré inapte à être jugé, car souffrant d'un «début de démence». Autre cas, celui de Siert Bruins, ancien SS poursuivi après avoir admis avoir tué un résistant néerlandais en 1944. Siert Bruins a bien été jugé, en septembre 2013, mais le verdict n'est jamais tombé, le juge considérant qu'il manquait trop d'éléments pour pouvoir le condamner, et qu'il n'était plus possible de faire venir des témoins à la barre.

Les crimes contre l'humanité sont imprescriptibles outre-Rhin, mais, avant 2011, la justice allemande ne poursuivait pas les gardiens de camp car elle exigeait des preuves. La condamnation en 2011 de John Demjanjuk, ancien garde du camp de Sobibor, a changé la donne. Il a été condamné à 5 ans de prison pour complicité dans l'extermination de plus de 27.000 juifs. Faute de témoins, sa participation aux meurtres n'a pas été prouvée, mais le tribunal a estimé que le seul fait d'avoir travaillé à Sobibor le rendait coupable de complicité de meurtres. Un tournant dans la traque des anciens nazis.

Source 20 minutes

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