LE CORPS DE LEUR AÏEUL

FACE AUX OSSEMENTS DU GRAND-PÈRE

POILUS - JOSETTE ET JEAN-LUC, LES PETITS-ENFANTS D’UN POILU RETROUVÉ EN MEUSE, SONT VENUS VOIR LE CORPS DE LEUR AÏEUL FACE AUX OSSEMENTS DU GRAND-PÈRE

Josette et Jean-Luc, les petits-enfants d’un Poilu retrouvé en Meuse, sont venus voir le corps de leur aïeul. Un grand-père que la famille a recherché de longues années

 

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VERDUN

La voilà confrontée aux restes de son grand-père. Josette Morel, née Peyrelongue, se trouve devant une table recouverte d’un drap vert, au fond d’un couloir de l’hôpital Désandrouins de Verdun. Deux fémurs, un morceau de crâne, un fragment de masque à gaz, quelques ossements épars rassemblés avec patience par Bruno Frémont, médecin légiste et Frédéric Adam, archéo-anthropologue à l’Inrap de Metz. La quête de plusieurs vies. Celles de son père et la sienne pour enfin retrouver ce Jean Peyrelongue, né à Briscous dans les Pyrénées-Atlantiques, que ni le père, ni la fille n’ont connu. Il y a aussi Jean-Luc, l’un des frères de Josette.

« On pensait qu’il était dans l’Ossuaire », souligne-t-elle. Un corps anonyme parmi d’autres. Et puis, les souvenirs remontent. Selon la tradition familiale, « mon père a été conçu durant sa dernière permission. On a toujours dit que c’était le chouchou de la grand-mère ! Elle n’a jamais revu son mari », sourit-elle.

Célestine, la grand-mère décédée en 1953, avait épousé Jean en 1912. Le père de Josette est né deux ans plus tard et Jean-Baptiste, leur premier fils, en 1913.

« Pour papa, c’était toute sa vie. Qu’il soit mort, bon, c’était la guerre. Mais le fait de ne pas le retrouver, il y avait un manque. Il n’a jamais rien su, c’était un inconnu », poursuit Josette. Alors quand René-Adolphe, son cousin de Verdun lui a téléphoné, la première des choses qu’elle s’est dite c’est : « Papa, si tu savais… » Et puis Jean-Pierre Laparra, le maire de Fleury-devant-Douaumont lui a dit qu’il était possible qu’elle vienne voir le corps de son grand-père. Elle lui a dit qu’ils arrivaient le lendemain de Nantes.

Blessé le 23 mai 1916

Josette Morel a apporté avec elle un dossier qui contient toutes ses recherches et les pièces qu’elle a récupérées : le livret de famille de son grand-père et son diplôme de la médaille militaire. Mais aucune photo ne subsiste de Jean Peyrelongue, agriculteur dans le Pays Basque. Il apparaît peut-être sur un cliché pris à un mariage en 1911, où Célestine est à côté d’un homme qui lui met la main sur l’épaule. Dans son dossier, elle a imprimé le journal de marche du 49e RI, le régiment de son grand-père où elle a pu pratiquement retracer ses derniers jours. Des pages d’où s’échappent l’odeur de la poudre et le tonnerre des batailles.

« Il a été blessé le 23 mai 1916 », lit-elle. Il est mort une semaine plus tard, dans cette cave qui servait sans doute de poste de secours. « Il est noté aussi qu’il a été blessé en 1914 », explique-t-elle. Le morceau de crâne montré par Manu Robas, aide-soignant à la chambre funéraire et assistant du docteur Frémont, présente la trace d’une balle. Sur l’un de ses fémurs subsiste une fracture ancienne : blessure au combat ou résultat du bombardement de la cave ? Nul ne sait. Un bombardement qui a pu avoir lieu le 23 juin 1916.

Au moment de se rendre à Fleury, Josette est heureuse d’avoir retrouvé son aïeul. « Ça me soulage de savoir où il était » et puis aussi de « voir le travail qui a été fait. »

« C’est l’histoire de notre Nation et de notre village qui remonte. Ils sont la preuve même de ses combats », confie Jean-Pierre Laparra devant le lieu de la découverte des corps. Pour Josette, l’émotion revient, elle qui rappelle que la guerre de 14 a pris trois hommes du côté de son père et deux du côté maternel : « On a dû passer là quand on était gamin avec papa. On se disait qu’il était là quelque part. Et il va rester là. » La décision est prise : Jean Peyrelongue sera enterré avec ses frères d’armes. Quant à la cérémonie organisée à Fleury-devant-Douaumont, elle le sera sans doute en juin. Les corps seront déposés dans des cercueils fournis par l’État. « On verra, mais ils seront peut-être portés à dos d’hommes jusqu’à l’Ossuaire pour ceux qui restent ici , estime Jean-Pierre Laparra. Ce serait bien si on pouvait avoir toutes les familles. »

Frédéric PLANCARD VOSGESMATIN.fr