LES 13 FUSILLES DES GROUES

Ce jour-là, le chef de la Sureté locale, M. Ronceray, recevait un coup de téléphone d’un certain Bourgine, demeurant à Angers, qui lui signalait qu’il venait de rencontrer à Orléans, un de ses anciens ouvriers, Maurice Jenot , individu dangereux, recherché par la police et déjà condamné par contumace par la cour spéciale d’Angers.

L’inspecteur chef Ronceray envoya deux inspecteurs à la gare. Ceux-ci trouvèrent Bourgine qui leur indiqua Jenot au moment où il montait dans le train.Jenot avait sur lui des documents prouvant qu’il appartenait à un groupe F.T.P. dans lequel il avait une très grande activité.

La sûreté locale prévint donc la 5ème Brigade mobile qui prit l »affaire en mains. C’est ainsi que l’interrogatoire de Jenot apprit qu’il s’était rendu peu de jours avant chez sa belle-sœur, à Tours.

Le commissaire divisionnaire Devinck ordonna une perquisition chez celle-ci. On y trouva, non seulement d’importants renseignements sur l’organisation F.T.P. et sur certains sabotages commis dans la région, mais un rapport sur l’attentat manqué contre Marcel Déat, dans sa propriété de la Nièvre.

Le ministère saisi de l’affaire envoya à Orléans la fameuse brigade du commissaire Fourcade, de la S.P.A.C., police créée spécialement par Laval et ne dépendant que de lui-même, pour lutter contre les résistants en général et contre les communistes en particulier.

Pendant plusieurs jours, Jenot fut odieusement martyrisé, ainsi que quelques uns de ses camarades arrêtés grâce aux documents trouvés à Tours. Malgré son courage, qui fut admirable, Jenot, sous l’effet de la souffrance, dut avouer ce qu’il ne pouvait nier.

C’est ainsi que la S.P.A.C. arrêta ou fit arrêter 75 personnes. Il est à remarquer, dit cependant l’acte d’accusation, que les policiers d’Orléans ne participèrent pas à ces interrogatoires et que Fourcade et ses sbires, arrêtés à Paris, répondront de ce crime devant la Cour de Justice de la Seine ».

Mais l’affaire devait prendre une extension inattendue dans le courant de mai. Une perquisition faite dans le Loir et Cher chez M. Rivière, commissaire politique F.T.P., fit découvrir un papier d’emballage portant l’adresse de Albert Méresse, à Bonny sur Loire. Méresse fut arrêté à Orléans où il était en voyage. Tout de suite, il avoua aux commissaires Chanterelle, chef de la 5ème Brigade – qui fut tué quelques jours avant la libération – et Viviani qu’il était le chef militaire de la région et, avec une lâcheté inconcevable, dévoila toute l’organisation clandestine.

Se mettant absolument au service de la police, il participa à des arrestations, faisant tomber ses camarades dans des guet-apens.

C’est ainsi que furent arrêtés Breton, à Orléans, Chartier (l’un des fusillés), à Ferrières, et que le chef responsable des F.T.P. de la région Est de Paris n’échappa que de justesse à l’arrestation. Il fit mieux et entra au service de la Gestapo pour dénoncer les organisations de Paris et de Maubeuge. Mais il fut « grillé » et arrêta sa triste besogne. Le dossier fut transmis à la justice française, mais les Allemands s’en emparèrent et dix-sept patriotes payèrent de leur vie la trahison de Méresse et le zèle de la police.

« Gendarmes, introduisez les accusés. ». Ils sont quinze:

Louis Denuzières,42 ans, ancien inspecteur de police mobile, 108 rue Bannier à Orléans.

Albert Méresse, 31 ans, monteur-électricien, à Maubeuge, ex agent de la Sicherhieftpolizei.

Henri Devynck, 47 ans, ancien commissaire divisionnaire de po-lice mobile à Orléans et à Paris.

Nicolas Viviani, 50 ans, ancien commissaire de police mobile à Orléans et à Lille.

Marcel Duché, 51 ans, inspec-teur de police à Bourges.

Henri Breton, 24 ans, inspec-teur de police à Bourges.

Georges Baillou, 24 ans, cimentier à Saint-Claude-de-Diray (Loir et Cher)

. Pierre Le Baube, 51 ans, ancien préfet de la Somme et de l’Eure et Loir

. Maurice Verney, 23 ans, ancien commissaire de police à Orléans.

Raymonde Pateloin, femme Papet, 24 ans, couturière à Montoire, Loir et Cher

. Odette Passegué, veuve Barraire, 27 ans, s.p, 13 rue Viala à Paris.

William Marigault, 29 ans, maçon cimentier, à Saint Georges sur Eure (Eure et Loir)

Gaston Giboreau, 34 ans, cultivateur à Croisille (Eure et Loir)

Louis Bergeron, 19 ans, étudiant à Saint Hilaire sur Eure (Orne).

René Verbeuken, 43 ans.

En outre, cinq autres individus en fuite seront jugés par contumace.

Le Verdict.

Le Baube, Denuzières, Viviani, Méresse, Verbeucken et Marigault sont condamnés à mort.

Devynck aux travaux forcés à perpétuité.

Les femmes Pipet et Bartaire à 10 ans de travaux forcés et à l'indignité nationale.

Duché à 5 ans de travaux forcés et à l'indignité nationale.

Breton et Baillou à 2 ans de prison et à 10 ans d'indignité nationale.

Verney à 1 an de prison et 5 ans d'indignité nationale.

Gibereau et Berceron sont acquittés.

Les cinq contumax, Laillé, Bourgine, Cortez, Gaudry et la femme Rudeault sont condamnés à mort.

 

gtoues.jpg

 

" Il est glorieux de s'exposer pour la patrie; mais il est glorieux aussi, et il est plus rare de savoir célébrer dignement ceux qui sont morts pour elle." Denis Diderot

×