les gendarmes morts avec les maquis

Dans leur très grande majorité, les gendarmes bourguignons sont passés aux maquis en août 1944, troquant leur uniforme contre le brassard FFI et passant dans l’illégalité. Sur les cinq compagnies, trente gendarmes meurent durant les combats de la Libération. Le chiffre est important. C’est vraisemblablement près de 10 % du total national10. Trois types de mortalité se dégagent.

Ce sont d’abord les gendarmes morts dans l’affrontement avec les troupes d’occupation. Parmi eux, douze tombent les armes à la main dans l’illégalité des rangs des maquisards. Neuf autres gendarmes sont tués dans des combats face aux Allemands mais sous l’uniforme de la gendarmerie, n’ayant pas rejoint le maquis. Toutes ces disparitions laissent après-guerre une marque visuelle : à l’entrée de leur brigade respective, une plaque commémorative est érigée à leur nom (R.Bouzereau à Genlis ou P.Ménétrier à Pontailler-sur-Saône par exemple).

L’institution dénombre également les exécutions de six de ses gendarmes en Bourgogne. Dans les cinq compagnies, aucun n’est fusillé dans le cadre de la légalité, tous le sont dans l’illégalité13. En rejoignant le maquis, les gendarmes deviennent des francs-tireurs que les troupes allemandes considèrent comme des « terroristes » : ils ne sont pas traités en prisonniers de guerre et arrestation rime avec exécution sommaire. A l’image d’une plaque commémorative dédiée au gendarme Decamme à l’entrée de la brigade de Dijon, rue de Metz, ou de la stèle funéraire érigée au gendarme Delangre dans le village de Venarey-lès-Laumes, ces morts hissés au rang de martyrs laissent une trace architecturale. Les dénominateurs communs à toutes ces mortalités - la temporalité (été 1944) et les conditions (tués par des Allemands) - achèvent de les associer dans les mémoires : ils sont alors vingt-sept gendarmes à mourir « avec » les maquis.

Il y a enfin des victimes d’accidents en périphérie des combats. Des gendarmes meurent dans des conditions moins héroïques ou tragiques que leurs camarades. Si l’un d’entre eux disparaît de manière purement accidentelle14, deux autres décès résultent d’une méprise. Le premier est abattu au volant d’une voiture par des maquisards croyant avoir affaire à un soldat allemand15. Le second, devenu agent de liaison et sergent-chef au maquis, est victime lors d’une reconnaissance en voiture d’une rafale de mitrailleuse tirée d’un avion décrit comme « inconnu » (mais vraisemblablement des forces Anglo-américaines). Ces deux derniers gendarmes victimes de tirs amis (ou « tirs fratricides ») sont cependant reconnus comme « tués à l’ennemi ». Cela signifie mourir face à l’Allemand, généralement dans les combats, ce qui établit une distinction avec les déportés ou les gendarmes fusillés. Une mort accidentelle n’est pas aussi glorieuse que celles d’hommes tombant sous le crépitement des balles, armes à la main, aux maquis :

Les soldats tués aux combats n’étaient pas envisagés en tant qu’individus mais comme une communauté de camarades.

1C’est pourquoi deux gendarmes tués accidentellement sont assimilés à leurs collègues. « Le nom grandit quand l’homme tombe ». Au-delà de l’hommage posthume, l’institution érige par des monuments commémoratifs l’effigie du gendarme maquisard, et partant, celle du Résistant