LES LETTRES DE RENE

Mercredi 15 mai 1940 : nouvelle lettre de René. Les Pays-Bas capitulent devant les ruines...

Les lettres de René vont à présent être de plus en plus fréquentes, comme s'il pressentait le grand désastre qui se profile.

Quelque part en forêt...

 

 

Mes chers et tendres parents,

 

 

Depuis ma dernière lettre, beaucoup d'évènements sont arrivés : départs inopinés, plusieurs fois de suite. Depuis deux jours nous avons parcouru 50 Kms, ne dormant plus depuis plusieurs nuits déjà. En ce moment et depuis deux jours, nous sommes cantonnés dans la forêt, à 30 Kms de la frontière, prêt à y rentrer à la moindre alerte ; ce n'est plus les moments calmes passées de ces huit mois de guerre ; mais maintenant c'est la VRAIE et le terrible cataclysme qui met la jalousie et le crime contre des puissances qui ne voulaient que la paix éternelle. Mais tout cela nous conduit plus vite à la victoire des alliés qui ne fait plus aucun doute en moi. 

 

Mes chers parents, depuis plusieurs jours je suis inquiet et sans nouvelles de vous ; ne tardez plus à m'écrire ; écrivez-moi au moins tous les deux jours car c'est dur de vivre dans l'anxiété perpétuelle ; si je ne vous fais pas réponse de suite à vos lettres, tranquillisez-vous, des évènements imprévus m'en empêcheront. Ici, tout le long du Rhin on se bat maintenant. 

Je voudrai que vous m'envoyiez un petit colis avec une ceinture, des enveloppes et des savonnettes ; je n'ai plus rien et maintenant, impossible de se ravitailler : du chocolat et des matières non périssables. 

Je vais vous quitter, je n'ai plus beaucoup de temps à moi ; faites-moi vite une réponse et parlez-moi un peu des bombardements de Bron. Recevez de votre fils qui vous aime ses affectueux baisers Signé : René.

 

 

Dimanche 19 mai 1940 : nouvelle lettre de René, les suivantes suivront tous les deux ou trois jours...

 

Mes biens chers parents,

 

Je fais réponse à votre lettre avec 3 jours de retard, je ne pouvais pas avant ; jour et nuit, nous sommes constamment éveillés et depuis que je vous ai écrit, nous avons changé de cantonnement ; nous sommes venus dans un pays, près d'une gare et je crois, si les tuyaux sont vrais, nous devons embarquer pour la Belgique, environ dans deux ou trois jours. Ici, tout va bien, la santé et le moral sont très bons ; la guerre totale ne m'effraie pas ; je sais que du coté du nord la guerre est terrible, pire qu'à Verdun en 1916, c'est la vie, quoi ! il faut savoir souffrir, mais je ne veux pas me plaindre. En ce moment je prends la DCA jusqu'à ce que nous partions d'ici, pour assurer la protection du PC de la division. Nous avons été mitraillés par les avions « bôches » mais il n'y a eu aucun mal parmi les hommes. 

 

Et vers vous, quoi de neuf ? Chaponost n'a pas trop souffert des bombes ; j'espère et je le souhaite, car il faut que vous ayez un bon moral pour que votre santé soit parfaite. Pour les permissions, il ne faut plus y compter avant x temps, si des fois je ne pars pas pour la Belgique, je vous avertirai, soyez sans crainte jusqu'à ce jour. 

 

J'ai reçu des nouvelles de Marguerite [7] aujourd'hui même, elle me demande de lui écrire souvent ; je vais lui faire une réponse de suite. Je pense que toute la famille est en très bonne santé ; je termine ; recevez mes parents chéris, mes plus tendres et doux baisers de votre fils qui vous aime tant. Embrassez toute la famille. Signé : René.

 

Mardi 21 mai 1940, nouvelle lettre de René. Il annonce son départ pour le front coté Belgique, destination qui lui sera fatale...

 

Mes chers et tendres petits parents et André,

 

Vite, je vous fais un mot en vitesse ; le temps presse, mes prédilections sont justes : je pars ce soir en Belgique ; ne vous en faites pas, tranquillisez-vous, je vais très bien, le moral est bon et je crois et j'ose espérer que l'avenir me verra dans les mêmes conditions. 

 

J'espère que vers vous la santé est très bonne : avez-vous des nouvelles de mes frères ? Je voudrais que sur votre prochaine, vous me disiez où ils sont et s'ils vont très bien ? 

Et à Chaponost, qu'y a t-il de nouveau ? Je ne pense pas qu'il y ai des morts à déploré ? 

Dites à André qu'il m'écrive souvent ainsi que vous-même ; moi, je ne pourrais peut-être pas souvent, mais dès que j'aurais un moment, je vous l'accorderai. 

Je vous quitte, l'heure du départ approche excusez-moi pour ma petite lettre. 

Recevez de votre fils qui vous aime ses plus douces pensées et affectueux baisers ; embrassez tous mes frères et sœurs ainsi tous mes petits-neveux. 

N'oubliez pas de m'envoyer un tout petit colis ; mettez-y deux paires de chaussettes. 

 

A bientôt, votre fils qui ne pense qu'à vous ; le bonjour chez Raincier. Signé : René.

 

http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?article1276