LA RESITANCE EN LOZERE

lettre de HILDEBRANDT

Lettre de Hildebrandt au chef d'escadron Gaubert, commandant la compagnie de gendarmerie de l'Orne

Alençon, le 3 avril 1944.

Traduction : der kommandeur der Sicherheitspolizei und des SD in Rouen.

A Monsieur le commandant de la Gendarmerie nationale.

ALENCON

Objet : Rapport sur certains évènements politiques et tenue générale de la Gendarmerie nationale du département de l'Orne.

I) Le 30 mars 1944, la Gendarmerie nationale française nous a informé par téléphone que, lors d'un attentat dans une ferme, deux auteurs de l'attentat ont été arrêtés par la Gendarmerie française et que ceux ci avaient indiqué deux autres adresses d'agresseurs se trouvant à Paris. Sur notre demande il nous a été assuré qu'un rapport sur cet attentat parviendrait immédiatement à notre service.

Comme le rapport en question ne nous était pas encore parvenu le jour suivant, nous l'avons réclamé ; à nouveau il nous a été assuré qu'il allait être envoyé immédiatement.

C'est seulement le troisième jour après cet attentat que nous avons reçu ce rapport.

Dans un autre cas, notre service n'a pas été immédiatement informé de l'arrestation d'un jeune homme qui avait volé une bicyclette et en le fouillant la Gendarmerie française a trouvé sur lui des notices qui ne laissaient aucun doute qu'il appartenait à une organisation de terroristes.

II) La Gendarmerie française nous signale avec une minutieuse ponctualité les faits les plus insignifiants. Mais dans deux des cas où des arrestations décisives y ont été faites qui demandaient des démarches immédiates pour saisir d'autres foyers de terroristes notre service n'a pas été informé de ces faits comme elle l'aurait dû l'être. De l'incident signalé sous le numéro 2 notre service a été informé par hasard par une tierce personne. Sur reproches téléphoniques, le commandant de service à la Gendarmerie française a même essayé d'exposer l'incident de telle sorte que la Gendarmerie ne pouvait pas encore déduire de ses recherches s'il s'agissait d'un terroriste ou non. Ce motif n'est nullement valable puisque la Gendarmerie en avait déjà informé la police mobile à Rouen.

En outre, il ressort des notices qui ont été trouvées que la gendarmerie aurait dû reconnaître au moment de ses recherches de quelle catégorie de criminel il s'agissait. Nous voulons encore signaler que l'arrestation a eu lieu le 27 MARS 1944 et que probablement aucune procédure n'aurait été entreprise par notre service tant que celle de la police française n'aurait pas été terminée si par un hasard notre service n'avait pas été informé de ces arrestations par une tierce personne.

III) Cette manière d'agir est en contradiction éclatante avec les instructions actuellement en vigueur. A l'avenir je vous prie de signaler de tels faits sans retards à notre service.

Si de tels faits se reproduisaient nous jugerions utile de prendre les mesures les plus sévères pour éviter le renouvellement de faits semblables

2 Pendant ces dernières semaines, des incidents sont survenues dans le département qui laissent à penser clairement que la Gendarmerie nationale, du moins dans certaines régions du département, néglige sa tâche.

I) La tenue des deux gendarmes qui, dans la nuit du 8 mars 1944, près de Cerisy-Belle-Etoile, se sont laissés désarmer par des terroristes, ainsi que l'insuffisance des contrôles de nuit étant la cause de leur situation douteuse et leurs agissements est une conclusion que ces gendarmes n'ont pas agi selon les instructions.

II) Il y a lieu de douter de la bonne volonté de certains gendarmes comme par exemple à l'occasion d'un contrôle de route près de Putanges le 23 mars 1944. Il est incompréhensible que deux gendarmes contrôlant la route se laissent attaquer par des terroristes sans arrêter les malfaiteurs ou les blesser. Si le contrôle avait été effectué selon les instructions de l'ancien commandant de gendarmerie Donne, c'est à dire effectuer des contrôles avec revolvers chargés et en position de tir, les fuyards auraient pu être atteints.

III) Les rapports de la Gendarmerie française sur les contrôles effectués à diverses occasions pour arrêter les réfractaires dans le département semblent devenus superflus. C'est une perte de papier car le résultat de ces recherches est toujours le même : " Tous les jeunes gens contrôlés sont en situation régulière ". De tels contrôles et un tel courage pour de semblables rapports sont inadmissibles et frisent une insulte cachée à l'armée d'occupation. Celui qui connaît le problème des réfractaires dans le département de l'Orne sait qu'avec de la bonne volonté, dix à vingt réfractaires pourraient être pris à chaque contrôle et ce sans aucune difficulté.

A l'avenir j'attends d'autres résultats pour ces contrôles. Le cas échéant nous nous verrions dans l'obligation de présenter un rapport à nos autorités supérieures.

Signé : HILDEBRANDT

Sources : AD : 41 J 45 : photocopie de la lettre de Hildebrandt de la Gestapo au commandant de la Gendarmerie nationale, 3 avril 1944.