MAQUIS DANS LES CEVENNES

Maquis antifascistes allemand

La participation des Allemands antinazis à la Résistance sur le sol de France a jusqu’ici été largement occultée : sans doute dérangeai telle l’imagerie “résistancialiste” Des maquisards allemands dans les Cévennes

le Travail allemand – entre autres, l’infiltration de la Wehrmacht et des services administratifs de l’occupant par des Allemands et des Allemandes antifascistes –, a lui aussi contribué à la libération de la France : des maquisardsallemands ont pris part aux combats pour la liberté. C’est l’histoire d’un maquis composé essentiellement d’Allemands.

Montaigne, un maquis d’antifascistes allemands dirigé par le communiste Otto Kühne et mène une attaque contre une patrouille de la Feldgendarmerie. Cet acte est suivi d’une offensive allemande dont les maquisards réussissent à échapper mais ils sont rattrapés au village de La Parade, le 28 mai 1944, où les 3/4 de l’effectif du maquis, dont le commandant Barot, perdent la vie après des combats sanglants.L’annonce du débarquement en Normandie galvanise les rescapés et multiplie les ralliements. Le 26 août, le maquis Bir-Hakeim participe activement à la libération de Montpellier et au harcèlement des troupes allemandes en repli La Brigade Montaigne va finalement être composée en très grande majorité d’Allemands, plus trois Autrichiens, un Luxembourgeois, deux ou trois Espagnols, deux Tchèques et deuxYougoslaves. Quant aux Français — Louis Veylet et ses trois camarades venus avec lui de Haute-Lozère ayant été arrêtés le 27 janvier par deux gendarmes du Collet-de-Dèzeet mis en prison — ils ne sont représentés,outre Montaigne, que par un jeune pasteur que les maquisards allemands décriront plus tard comme ayant la bible à la main et un revolver en poche. C’est le pasteur Pierre Chaptal

C’est avec beaucoup d’émotion qu’il nous parle aujourd’hui des Allemands qu’il y côtoyait : “J’avais vingt ans, et ce qui m’a le plus impressionné, c’était de me trouver parmi des hommes dont certains avaient l’âge d’être mon père, des hommes qui – je le savais – avaient déjà derrière eux dix ans de lutte contre le national-socialisme, car ils étaient pour la plupart d’idéologie marxiste. À l’époque, je ne savais trop ce que représentait le marxisme; je ne le connaissais, bien sûr, qu’à travers les livres. Mais ce que je savais, c’est que j’avais à faire à des hommes qui avaient cruellement souffert pour leurs idées… et qui étaient disposés à entendre un jeune de mon âge leur parler de sa foi et de ses raisons de résistance. Le jeu était un peu inégal, mais, très vite, ces Allemands ont su gagner mon affection parce qu’ils m’ont ouvert leurs bras en disant :

‘Mais tu es des nôtres !’”

“J’étais fasciné en les écoutant me raconter dans quelles circonstances ils avaient dû quitter leur pays.

L’un d’eux, par exemple, avait dû partir d’Allemagne précipitamment, laissant sa femme et ses enfants ; il savait déjà que sa femme risquait d’être prise et envoyée dans des camps – ainsi que ses enfants.

Je demandais à ces Allemands :

‘Mais comment pouvez-vous, vous Allemands, vous situer par rapport à la jeunesse allemande qui est sous l’uniforme ? Comment pouvez-vous combattre contre votre pays ?’ C’était pour moi, en tant que jeune, l’élément qui me bouleversait le plus.

Et là-dessus, j’ai été tout de suite rassuré : leur conscience avait fait le tour de la question. Otto [Otto Kühne] mais aussi Anton [Anton Lindner] m’ont répondu :

‘Il se peut que nos enfants soient en face, mais ça ne fait rien ! La lutte vaut plus que nos enfants.’”

“Ce qui était peut-être le plus bouleversant chez ces Allemands, au maquis, c’était leur extrême gentillesse. Ils étaient très bons : et puis très soucieux de plaire à la population, de se faire aimer. Tout cela pour plusieurs raisons : parce qu’ils étaient allemands et que les Français étaient légitimés par les circonstances à considérer les Allemands sous un jour très négatif. D’autre part, et à cause de cela-même, ils avaient le souci de ne pas être une charge pour la population et d’accepter le mieux possible toutes les conditions qu’on leur imposait, sans la moindre récrimination. Ainsi, certains n’aimaient pas tellement les châ- taignes sèches – les bajanas – mais ils en consommaient beaucoup, avec un plaisir tout au moins apparent, et ceci parce que c’était un produit du pays qui leur était offert.” “Mieux encore, au départ, les Allemands du maquis, à la limite, ne souhaitaient pas avoir à lutter contre les miliciens français. Ils voulaient lutter contre les Allemands. Je me souviens que j’avais quelque peine à leur faire comprendre que nous n’avions pas que l’Allemagne hitlérienne comme ennemi en France : qu’à côté des nazis allemands, il y avait aussi des nazis français, et que nous ne pouvions pas ainsi faire une distinction entre Français et Allemands. Et que le fascisme, au fond, était la même maladie ici et là-bas.” le 5 juin,… Ce soir-là, un paysan cévenol devait dire à Otto Kühn : “Avec vous, nos camarades allemands, nous avons aujourd’hui battu les Boches.”

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