Mme CHEVALIER

"JE VEUX QUE LES JEUNES SACHENT CE QUI S'EST REELLEMENT PASSE ET QU'ILS ENTRETIENNENT LA MEMOIRE DES RESISTANTS"

Propos recueillis le mercredi 2 décembre 1998, à son domicile, rue des Bleuets. "Tout d'abord, je tiens à vous dire que je ne peux évoquer cette période que depuis trois ans. Je veux que les jeunes sachent ce qui s'est reellement passé et qu'ils entretiennent la mémoire des résistants. Je suis arrivée le 7 mars 1939 à Montargis, rue du Château. J'étais alors mariée et mère de deux enfants. Je suis restée quarante ans dans cette rue à m'occuper de la boulangerie que nous tenions mon mari et moi. A cette époque-là, je ne connaissais personne. C' était un avantage car je ne voulais pas savoir qui était qui. Mon but, dès le départ, était de ne rien dire sur mon voisinage. Je n'estime pas vraiment avoir été résistante. Je n' ai fait que passer quelques lettres, des courses, etc... Il nous arrivait parfois de donner du pain... aux personnes dans le besoin. Il y avait une grande pénurie alimentaire : par moment, je devais aller jusqu' à Sully en vélo (en risquant chaque fois d'être arrêtée) pour trouver de la nourriture. Nous avons aussi hébergé des réfractaires. La fenêtre de notre chambre d'amis donnant sur le canal, il était facile de s'échapper si des allemands ou les policiers arrivaient. Un soir, mon mari m'a confié qu'il était résistant. Dès février 1942, il etait membre des F.F.I. Je n'ai pas voulu connaître plus de détails sur ce qu'il faisait et ça m'a sans doute évité d'avoir des ennuis. Le 8 juin 1944 (deux jours après le débarquement), il a été arrêté. C'est arrivé un jeudi, ce que j'ai toujours déploré car mes enfants étaient à la maison. Le 15 août, le train dans lequel se trouvait mon mari a été attaqué à l'entrée d'un tunnel. Les allemands ont ordonné aux déportés de transporter tout ce qui se trouvait dans les wagons afin de reformer un convoi de l'autre côté du tunnel. Quatre ou cinq jours après, ils sont arrivés à Buchenwald. Certains ont été transférés à Dora, d'autres (dont mon mari) à Elrich. J'ai pu avoir de ses nouvelles grâce au cuisinier du camp. Puis on a emmené mon mari à Dora pour cause de maladie. L'infirmière (originaire de Patay) qui s'est occupé de lui, m'a appris sa mort. Je connais aujourd'hui la date exacte grâce aux fichiers tenus rigoureusement par les nazis. Il est décédé le 7 décembre 1944 à 15h35." Aujourd'hui beaucoup de résistants qui ont été déportés n'ont pas de plaques. Ces erreurs se réparent peu à peu grâce à des gens, comme Mme Chevalier, qui entretiennent la mémoire de ces hommes, ces femmes, morts pour l'honneur de la France. Sommaire Emile Cousin sources http://apprendreenligne.net/