Bertrand Herz a raconté l’innommable, de sa déportation en juillet 1944 à la libération de Buchenwald en avril 1945.

Né le 14 avril 1930 dans une famille juive et profondément française, Bertrand Herz a grandi au Vésinet en région parisienne. Il était à peine plus jeune que son auditoire lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté. « Après la débâcle, c'est une réaction d'incompréhension que nous avons ressentie. Pour nous, la France était un grand pays dont l'armée ne pouvait pas être battue aussi facilement. » 
La vie va pourtant vite reprendre son cours en dépit des restrictions. « Ce n'est qu'en 1941, lorsque nous avons vu les affiches avec des listes de noms de personnes exécutées, que j'ai compris que les nazis étaient des tueurs. » 
A partir de mai 1942, il doit porter l'étoile jaune mais pour ses camarades de classe, ça n'a aucune importance. « Il y en a même qui ont découpé une étoile jaune sur laquelle ils ont inscrit la mention potache et qui sont sortis avec moi dans la rue. Ils s'en fichaient que je sois juif. » 
De nationalité française, il échappe à la rafle du Vel d'hiv mais ses parents décident par sécurité de franchir clandestinement la ligne de démarcation pour s'établir à Toulouse.
« Nous avons fait disparaître tous nos signes de judéité. Au lycée Pierre-de-Fermat, j'ai été accueilli très dignement par mes camarades. Leur solidarité a été très forte. » 
C'est très probablement à la suite d'une dénonciation que la Gestapo vient l'arrêter le 5 juillet 1944. Interné avec ses parents, sa sœur et le fiancé de celle-ci, il prend place dans le convoi du 30 juillet qui emmène les hommes au camp de Buchenwald et les femmes dans celui de Ravensbrück. S'ils ne partent pas pour Auschwitz, c'est parce que l'avance rapide des alliés n'a pas laissé le temps aux Allemands de faire le tri entre juifs et résistants.

source la nouvelle republique
« On ignorait où l'on allait mais on avait entendu parler des camps de concentration. Curieusement, on avait le moral. Ma mère a même écrit que notre situation allait peut-être s'améliorer car là où nous étions, il n'y avait pas beaucoup à manger. A Dijon, on a appris que Le Mans venait d'être libéré. Je me voyais de retour à Noël. » 
Après six jours de voyage dans des conditions épouvantables, ce sera le choc à l'arrivée. « Là, on sait où l'on est. On doit se mettre à courir sous les coups et les hurlements des SS. Vous ne pouvez pas vous dire que ça se passera bien. » 
Lui et son père sont affectés au block des malades. « Nos conditions de vie ont été extraordinairement pénibles mais il s'est trouvé que l'on n'a pas été obligé de travailler. Je pense que l'on a été protégé par un réseau de la Résistance. » 
Quatre mois et demi plus tard, direction le kommando de Niederorschel. Cette fois, il n'échappe pas au travail et participe au montage d'ailes d'avion Junkers à raison de douze heures par jour et 78 heures par semaine. Son père meurt d'épuisement, tout comme sa mère et le fiancé de sa sœur, réquisitionné dans une mine de sel.
Aidé par un Kapo, il survit mais n'en reste pas moins un jeune adolescent. « Avec des camarades, on s'amusait à chanter dans les latrines, y compris des chants politiques du XIXe siècle. » 
Lors de la marche de la mort qui le ramène à Buchenwald, il est squelettique, couvert de plaies. « J'ai cru ne jamais m'en sortir. Au bout du compte, je suis arrivé au camp mais complètement démoralisé car je savais que l'on allait devoir repartir pour une autre marche. » 
Le lendemain, 11 avril 1945, les Américains libèrent le camp. Bertrand Herz, 15 ans, est sauvé.