C'était le seul camp de concentration sur le territoire français. Ouvert par les nazis en mai 1941 dans l'Alsace annexée, également connu pour des expériences pseudo-scientifiques qui y furent pratiquées sur des détenus dans une salle de dissection, ce lieu de sinistre mémoire recevra ce dimanche la visite de François Hollande pour une commémoration à la mémoire des victimes de la déportation. (*)
Parmi les nombreux résistants et déportés politiques qui « passèrent » par le Struthof figuraient six Poitevins, des résistants appartenant au réseau « Alliance ».
Le noyau Poitevin de ce réseau travaillant directement pour les Anglais de l'Intelligence Service compte six personnes : Edith Augustin, Albert Roquet et ses beaux-parents, Eugène et Marie Tillet. Des liens d'amitié et de parenté unissent les familles Augustin, Roquet et Tillet. (**)
En septembre 1943, un agent double livrera aux Allemands les noms de 200 membres du réseau Alliance de la région Sud-Ouest. Les Poitevins sont arrêtés. D'abord écroués à la prison de la Pierre-Levée, ils seront ensuite transférés au camp de sûreté de Schirmeck-Labroque, dans le Bas-Rhin.

La mémoire d'Edith Augustin encore vivace

« Ce n'était pas vraiment un camp de concentration, précise l'historien Poitevin Jean-Marie Augustin, neveu d'Edith Augustin, les conditions de vie y étaient sans doute moins pénibles Etiquetés " terroristes ", ils sont condamnés au secret collectif, n'ayant pas le droit de sortir de leur baraque ». Début septembre 1944, sur ordre de Berlin, les détenus du réseau Alliance sont transférés dans la montagne, au Struthof, non loin de Schirmeck. Ils y seront probablement exécutés d'une balle dans la nuque puis brûlés dans le four crématoire…
« Beaucoup de gens ignorent encore l'existence de ce camp, soupire aujourd'hui Christian Tillet, petit-fils de Marie et Eugène Tillet, on y a détruit les baraques et construit des petits monuments rappelant tous les camps existants. Mais celui-là, c'était le seul sur le territoire français ». 
A Poitiers, le nom d'Edith Augustin, née à Chauvigny, n'a pas été oublié. Un foyer-logement à Poitiers-Ouest porte son nom. Comme ses parents et amis Albert Roquet, Eugène et Marie Tillet, elle a été, à titre posthume, nommée sous-lieutenant, a reçu la Légion d'honneur, la Croix de guerre, la médaille de la Résistance ainsi qu'un Certificate of Service, signé en 1946 de la main d'un certain maréchal Montgomery, « pour avoir donné sa vie afin que l'Europe puisse être libre ». 

(*) Quelque 22.000 personnes ont laissé leur vie au camp de Natzweiler-Struthof et près de 52.000 de l'Europe entière. (**) Source : article de Jean-Marie Augustin, « Deux résistants chauvinois : Edith Augustin et Albert Roquet » in Le pays chauvinois, n° 45 (2007)

Jean-Michel Gouin