La plupart des hommes en âge de travailler avaient été mobilisés en 1914

Au fur et à mesure que s'envola l'espoir d'une guerre courte et qu'on s'engageait dans une guerre longue et totale exigeant une mobilisation de l'économie, il fallut ramener dans les usines les ouvriers les plus qualifiés, et aussi faire appel à la main d'oeuvre féminine. Un certain nombre de femmes travaillaient déjà avant la guerre, mais elles étaient le plus souvent cantonnées dans des tâches considérées comme secondaires.

Ce qui était nouveau et frappa les esprits, ce fut leur embauche dans les usines d'armement, dont les ouvrières furent bientôt désignées sous le nom de « munitionnettes ».

Les « munitionnettes » donnèrent lieu dans la presse à des dessins jetant un regard nouveau non dépourvu d'humour, sur le travail féminin et le statut de la femme au sein de la famille et de la société.

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4/ La pénibilité du travail dans les usines d'armement

La journaliste Marcelle CAPY, féministe et libertaire, travaille quelques semaines incognito dans une usine de guerre.

Son témoignage paraît dans La Voix des femmes entre novembre 1917 et janvier 1918 :

« L'ouvrière, toujours debout, saisit l'obus, le porte sur l'appareil dont elle soulève la partie supérieure. L'engin en place, elle abaisse cette partie, vérifie les dimensions ( c'est le but de l'opération), relève la cloche, prend l'obus et le dépose à gauche.

Chaque obus pèse sept kilos. En temps de production normale, 2 500 obus passent en 11 heures entre ses mains. Comme elle doit soulever deux fois chaque engin, elle soupèse en un jour 35 000 kg.

Au bout de 3/4 d'heure, je me suis avouée vaincue.

J'ai vu ma compagne toute frêle, toute jeune, toute gentille dans son grand tablier noir, poursuivre sa besogne. Elle est à la cloche depuis un an. 900 000 obus sont passés entre ses doigts. Elle a donc soulevé un fardeau de 7 millions de kilos.

Arrivée fraîche et forte à l'usine, elle a perdu ses belles couleurs et n'est plus qu'une mince fillette épuisée.

Je la regarde avec stupeur et ces mots résonnent dans ma tête 35 000 kg »

Les femmes furent cruellement touchées par la guerre et le deuil : la France compte 600 000 veuves de guerre et on donna le nom de « veuves blanches » aux fiancées – telle Mathilde- endeuillées avant d’être mariées. La condition des épouses est difficile : elles perçoivent toujours l’allocation de mobilisation mais n’ont pas droit aux pensions de veuve et d’orphelin.

Il n’y a pas de mots particuliers pour le deuil, « veuve », « orphelin » de guerre seulement, mais pas de mot pour un père qui a perdu son fils, un frère ou une sœur qui a perdu son frère… Le seul terme spécifique est « veuve blanche », pour une fiancée endeuillée.

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