TULLE

  La mission confiée à Lammerding par ses chefs consiste à maintenir à tout prix la liberté de communication entre les diverses unités de la Wehrmacht stationnées clans les secteurs de la Méditerranée et des Pyrénées atlantiques. C'est pourquoi la moindre action du maquis, sabotage de voies ferrées, attaque de dépôts de chemins de fer, mitraillage des voitures allemandes, doit être immédiatement suivie d'expéditions punitives qui frappent impitoyablement les civils qu'un hasard malheureux a fait vivre à proximité. Fermes isolées, hameaux, villages et villes subissent à des degrés divers la fureur vengeresse des SS.

  Tantôt ceux-ci tiraillent au hasard sur les populations, tantôt, suivant un scénario qui paraît avoir été mis au point une fois pour toutes, ils rassemblent les habitants d'une localité sur la grand-place pendant que les maisons sont fouillées et pillées. Les otages sont parfois relâchés sans explication mais, plus souvent, certains d'entre eux, généralement les hommes, sont arrêtés et déportés.

  A Montpezat-de-Quercy dans le Lot, pour prendre un exemple caractéristique, un léger accrochage entre des maquisards et une patrouille SS à deux kilomètres de ce bourg comptant quinze cents habitants, provoque une action de représailles immédiate menée par un bataillon blindé. Bilan de l'opération : 4 maisons du bourg et 12 fermes brûlées, certaines après pillage, 4 civils tués dans des conditions abominables et 22 hommes déportés. Pendant que les « justiciers » opéraient, la population, rassemblée sur la place centrale, était tenue en joue par les mitraillettes et les fusils de leurs camarades.

  Plus de vingt localités du Lot, de la Dordogne et du Lot-et-Garonne seront, à des degrés divers, soumises à un traitement similaire. Chaque fois, la disproportion sera énorme, démesurée, entre l'action du maquis et la réplique des SS acharnés à faire un exemple pour tenter de perdre les partisans, en grande majorité FTP, dans l'esprit et le coeur des populations.

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Les Maquisards de Tulle

  Le 9 juin 1944, Le lendemain matin 9 juin, dès le lever du jour, les blindés patrouillent dans les rues tandis qu'a lieu la rafle de tous les hommes âgés de seize à soixante ans. Au nombre de cinq mille environ, ils sont parqués dans la cour de la manufacture d'armes. Appréhendé dans son bureau, le préfet Trouillé échappe de justesse au peloton d'exécution à la suite de la découverte dans ses bureaux de caisses de grenades oubliées par les FTP.

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Les blindés du Das Reich

  Les SS sont fous de rage et l'officier qui les commande parle de détruire la ville et d'exécuter tous les otages qui viennent d'être arrêtés. Pour lui il n'y a aucun doute, les soldats de l'Ecole normale de filles ont tous été massacrés et les blessés achevés. De plus, les mutilations relevées sur les cadavres labourés par le camion prouvent que certains d'entre eux ont été torturés.

   Mais le préfet entraîne l'officier à l'hôpital où sont soignés vingt-six blessés allemands. La veille, il s'est opposé à leur exécution réclamée par un responsable FTP ; et les blessés qui avaient compris l'objet de leur conversation confirment le fait. Mis au courant, le Sturmbannfürer Kowatch, le plus haut gradé allemand présent à Tulle, informe alors le préfet que l'inévitable répression du « crime » commis contre ses camarades de la garnison sera notablement atténuée: cent vingt otages seront pendus et leurs corps jetés dans la rivière.

  Les otages ont été parqués en trois colonnes. Walter, qui connaissait bien Tulle pour y être venu à maintes reprises, a désigné lui-même la colonne maudite. Par petits groupes de dix, étroitement encadrés par les SS, les condamnés sont alors conduits sur la place de Souillac dont tous les balcons et tous les lampadaires ont été préalablement transformés en potences.. Déjà quatre-vingt-dix malheureux ont été pendus lorsque un prêtre, l'abbé Espinasse, qui avait été autorisé à les assister, s'aperçoit que le dixième groupe comprend treize hommes au lieu de dix.

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L'abbé Espinasse

  Il le fait remarquer à Walter et réussit à le persuader de faire grâce à trois d'entre eux. Puis, apprenant que les SS devaient quitter Tulle le 'lendemain matin, il parvient à faire arrêter les exécutions en convaincant l'homme du SD que personne n'aurait le temps de contrôler le nombre des pendus. Finalement le dernier groupe que Walter envoie quand même à la mort ne compte que neuf hommes car, au tout 'dernier moment, un SS alsacien de dix-huit ans arrache la grâce d'un jeune Tulliste de son âge. Il y eut donc en tout quatre-vingt-dix-neuf pendus au lieu de cent vingt.

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Les pendaisons des quatre vingt dix neuf hommes à Tulle

Les allemands organisèrent avec la sécurité allemande une rafle de 149 Maquisards qui furent déportés seulement 48 reviendront. Comme Crimes de guerre il y a aussi Oradour sur Glane, Maillée,et bien d'autre