PAROLES DE DEPORTES

De Denyse Clairouin

PAROLES DE DEPORTES

Dans les camps de concentration nazis, des hommes et des femmes déportés de toutes nationalités ont écrit clandestinement.

Certains de ces poèmes, réunis dans cette anthologie, ont pu être sauvegardés et rapportés de l'enfer concentrationnaire.

Défi lancé à leurs bourreaux et à la mort, ces paroles de déportés nous parviennent, fragiles, transcrites au prix d'ultimes efforts pour sauver la dignité humaine, la nôtre aussi. Ces textes appartiennent à la mémoire de l'humanité.

Entendons-les.

Le ciel est noir, la terre est noire, Dur est le gel, lourd est le cœur.

Tristes victimes expiatoires Nourries de haine et de rancœurs Nous attendons.

L'aube blafarde Sans cesse creuse nos rangs.

Nul sang ne ranime et ne farde

Ces visages de chiens errants.

Reverrons-nous ces jours qu'en rêve Nuit et jour nous imaginons?

Visages aimés, heures brèves, Un feu, un pain, une maison. Se souvient-on encore d'elles,

Celles qui paient argent comptant Pour que la vie soit libre et belle Et que la France ait un printemps ?

Et si nous revenons un jour Comme un troupeau de spectres hâves,

Affamées de joie et d'amour, Serons-nous les tristes épaves Qu'on enfouit sous un sable lourd ?

Denyse CLAIROUIN

Poème écrit à Ravensbruck

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