traité de "collaboratrice"

Voici un récit par Patrick Jacquier Dans un village, rasé par les SS, que je connais bien, en particulier tous les commerçants et artisans, toutes les maisons ont été rebâties en pierres de taille, au frais de la princesse, sauf une: elle était habitée par une femme veuve de guerre, sans ressource, qui, pour survivre, dû vendre ses charmes à des officiers, et à quelques riches bourgeois. A la libération, ce sont ces derniers qui l'ont traité de "collaboratrice", lui rasant les cheveux, et, enchaînée comme une chienne, l'ont promené, nue, dans les quelques rues de ce village. "Interdite" de tout travail, elle fut "obligée" de continuer son "métier provisoire"", se faisant rémunérer par des hommes et parfois des femmes. Sa fille, ne voulant pas abandonner sa mère dans de telles conditions, réussit à exercer un métier "honorable" , mais, pour éviter d'être chassée d'une maison devenue insalubre, a été obligée de subir les mêmes "assauts" que sa mère. J' ai bien connu ces 2 femmes, que le curé local m'avait demandé de les sortir, en les accueillant, tranquillement chez moi, je n'ai jamais profité de leurs avances qu'elles considéraient comme une "juste" rémunération, plus tard, elles finirent par se pendre... J'étais le seul à les respecter, mais ma présence fut insuffisante, et cette situation me revient assez souvent à l'esprit, m'ayant appris à détester ces " libérateurs" de la 25° heure, " résistants de la dernière heure", je fus amené à en connaître, dans certains milieux " paysans", incapables de tuer le moindre gibier, ne sachant même pas tirer un feu d'artifice, à de quels actes glorieux peuvent, ou plutôt pouvaient-ils prétendre? Curieusement, si nos manuels d'Histoire font état de femme tondues, oubliant de les dénombrer, évoquent des jugements expéditifs, évitant de dénommer les "juges locaux", et faisant le tri entre "vrais" et " faux" collaborateurs, oubliant de mentionner que la richesse de certains commerçants provient d'une certaine "collaboration" ,et du marché "noir", limité dans les zones agricoles reculées, mais prospère autour des villes, des trafics en tout genre; je conserve un "Vieil Armagnac" de cette période, provenant de la distillerie de morceaux de bois !, j'' y ai goûté, boisson infâme, brûle-gueule, j'ai fait mesurer le degré alcoolique, 65°, suffisant pour masquer son origine frelatée Et que dire du "café", provenant de la torréfaction de l'orge et de l'avoine. Tout un ensemble de méthodes que notre mémoire collective ne veut ni lire, ni comprendre.! Il fallait bien se nourrir, mais qu'au moins, on puisse se souvenir, à quel prix, avec quelles méthodes. A elle seule, la fabrication des différents pains, des ventes à des " privilégiés", des filières d’approvisionnement mériterait de rester dans nos mémoires. Nos musées sont apurés, épurés, évitant soigneusement d'évoquer les conditions réelles de vie des citoyens ordinaires, érigés, organisés pour présenter, uniquement, les "actes glorieux".