ONCLE DE JEAN CLAUDE MOULON

Lolo

«A la fin de l’année 1943, je fus requis par les autorités allemandes pour travailler à l’hôtel Tyndo, à Thouars, avec un camarade nommé André B... Notre travail, à André et à moi, consistait le plus souvent à balayer la cour, bien que l’on nous demandait de faire des travaux divers. On m’avait permis de ramasser les déchets de légumes que je ramenais à la maison pour nourrir les lapins que nous élevions

  A Tyndo j’avais remarqué qu’une pièce servait de remise pour les armes. Il y avait des Mas 36, des Mauser; des fusils-mitrailleurs etc. Un jour je pris un fusil mauser et le mis dans mon sac à déchets. A midi je pris le sac, le mis sur mon épaule et partis avec, en direction de Saint Jean où nous habitions mes frères et moi depuis le bombardement de la gare.

Rendu place du château, je fus doublé par des side-cars de la Feldgendarmerie., ils étaient reconnaissables avec leur «collier de chien», Faisant mine de rien, je continuais mon chemin, lorsque les side-cars s’arrêtèrent devant l’entrée de l’usine Rutz, face au pont de Saint Jacques.

Dès que les Allemands m’aperçurent, ils m’interpellèrent. Pensant à ce que contenait mon sac, je me précipitais dans une petite maison à l’entrée droite du pont, où habitait un copain du nom de Germain Riquin. Germain étant absent, c’est sa femme Colette qui me reçut.

Dans la maison, je sortis le fusil du sac et le jetai par une fenêtre qui donnait sur la vallée du Thouet, puis je rentrai dans la chambre, mis le balai dans mon sac et jetai le tout sous le lit.

A peine le sac sous le lit, les Allemands entrèrent en criant:«terroriste ! Terroriste!» Ils commencèrent à fouiller partout. Soudain, l’un d’eux qui s’était penché pour regarder dessous le lit se releva avec le sac, d’un air triomphant. Il fit une drôle de «bobine» quand il retira le balai du sac. Ses camarades me bousculèrent en criant des mots qui ne me rassuraient pas, vu que je n’y comprenais rien

. Je dois dire qu’ils ne me brutalisèrent pas, mais l’un d’eux me mit le canon de sa mitraillette sur la poitrine, pendant que les autres se remirent à chercher. Ils regardèrent partout, sur le pont et en dessous. Peut-être pour voir si quelqu’un s'y trouvait ? Après plus d’une heure, les Allemands partirent.

Mais il m’a bien fallu attendre cinq heures pour aller récupérer le fusil et le planquer dans un porche le long du mur qui longe l’esplanade du château. Ce coup-là j’avais eu chaud!

Depuis ce jour, j’en ai sorti plusieurs fois… Des Mas 36, des baïonnettes, des revolvers et même trois F.M. Je devais les donner à un gars dont je ne connaissais pas le nom il était espagnol je crois, ou portugais. Il habitait vers Saint-Jean de Thouars.

Pour pouvoir les passer, je prenais le pont des Chouans. Le père Drapeau surveillait face au café du coin, alors que ton grand-père surveillait l’autre côté.

Dés que la sentinelle allemande, qui était sur l’autre pont (le pont neuf), ne regardait plus de notre côté l’un ou l’autre de mes guetteurs me faisait signe de passer.

Ce genre de livraison se passa plusieurs fois avec la même équipe. Je sus plus tard que j’appartenais à un réseau commandé par un certain Ragueneau qui tenait une graineterie face à la tour porte au prévôt.

Je n’ai jamais parlé de ce trafic à mon copain André qui travaillait avec moi, car avant cela j’avais essayé de l’entraîner dans une autre affaire. J’avais remarqué deux vélos neufs qui «appartenaient» aux Allemands et je me rappelle lui avoir dit: «On les planque, cela nous en fera chacun un pour plus tard»

Mais André refusa de marché dans la combine.. Alors je les ai piqué tout seul en recommandant à mon copain de ne rien dire à personne et en précisant bien que puisque j’étais tout seul dans le coup, les deux vélos m’appartenaient. André ne dit jamais rien à personne. Mais vu qu’il n’avait pas voulu me suivre dans l’affaire des vélos, il était certain qu’il ne me suivrait pas dans les vols d’armes, les risques étant beaucoup plus grands.

Puis vint la «libération de Thouars. A cette époque nous aurions pu empêcher les ponts de sauter. Le pont de Saint-Jean était gardé par un pauvre gars qui nous donnait plus l’impression de vouloir se rendre que de se battre. Mais nous avions reçu des ordres de ne pas bouger, de ne rien faire par peur de représailles pour la ville si les Allemands revenaient. Alors… On a laissé les ponts de Thouars sauter.

Quand le drapeau français fut monté sur la place, par «certains» avec une équipe de Saumur, je montais la garde pour surveiller les armes le long du petit ruisseau qui coule de Saint Jacques à la chaussée de crevant. Je n’ai pas participé au défilé de la libération de Thouars et de nombreux autres ont préféré aller à la "chasse aux lapins" pour les raisons que tu sais… Puis pour finir, je me suis engagé avec les copains au 114e R.I, ou l’on nous a envoyé à la poche de la Rochelle, j’avais 17 ans.»

LEON MOULON

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http://j.moulon.free.fr/pages/sguerre3.html

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