UN RECIT RECAPITULATIF

voilà un petit récit récapitulatif trouvé sur le site du conseil général du loiret

En août 1944, les soldats américains de l'armée du général Patton libéraient le Loiret avec l'aide non négligeable de la Résistance. Soixante ans après, civil, maquisards et GI se souviennent. L'espoir et la crainte. "Il est sévère mais juste...Je répète... Il est sévère mais juste".S'égrenant sur les ondes brouillées de Radio Londres, ces mots mystérieux percent la nuit du 05 juin 1944. Il est 21 h 40. Nous sommes à la veille du débarquement en Normandie. Dans le silence du couvre feux imposé par l'occupant, la libération du Loiret vient de débuter. Plusieurs ponts et voies ferrées du département seront sabotés, par les forces françaises de l'intérieur (FFI), dans les 24 heures qui vont suivre.Celles du "jour le plus long". "J'avais dix ans en 1944. De cette époque je garde l'image de mon père, l'oreille collée au mur, écoutant la radio de la voisine !" Colette Lanthiez se remémore avec émotion ces quelques instants de France libre dérobés."Dès que nous avons su que le débarquement avait eu lieu, on a vécu dans l'attente. Mon frère avait commencé à fabriquer des drapeaux alliés... "Cache ça", grondait ma mère !". Ayant participé à la mise en place du musée de la résistance et de la déportation de Lorris, elle témoigne de ce que fut sa guerre.Fille du chef de gare de Malesherbes, importante gare de triage, elle est aux "premières loges" pour assister au déluge de bombes qui s'abat sur les réseaux ferrés. Depuis le premier bombardement allié sur Orléans, le 21 mai 1943, plusieurs raids ont en effet eu lieu, visant des objectifs stratégiques comme les ponts sur la Loire, l'aéroport de Bricy ou la gare des Aubrais.Ces missions, effectuées sous les tirs anti-aériens de la FLAK (FlugzeugAbwehrKanone) ne sont pas sans danger pour la population. Ainsi, le 11 mai 1944, un bombardier américain en difficulté lâche ses bombes sur les rues des Carmes et d'Illiers à Orléans, faisant 47 tués et une vingtaine de blessés. On ne veut plus dormir à proximité des cibles potentielles. Le soir venu, l'agglomération se vide de sa population. Le Loiret prend son mal en patience. L'espoir et la crainte sont plus forts que jamais. Tony du maquis de Lorris. "C'est au maquis que j'ai fêté mes 18 ans". A 77 ans, Bernard Chalopin se rappelle la libération du Loiret avec une émotion palpable, et peut-être une bonne part de nostalgie. "Dès le mois de décembre 1943, j'ai été contacté par la résistance pour rejoindre leurs rangs. C'est ce que j'ai fait dans le maquis de Lorris, sous le pseudonyme de Tony". Sous l'autorité de Londres, les responsables de la résistance départementale contactent des jeunes à la fois motivés et capables de se taire. "Les risques étaient clairs, explique Tony . En cas de capture, c'était la torture et une balle dans la tête. Pour les Allemands, nous n'étions que des "terroristes"". Et le secret n'est pas un vain mot : "J'ai découvert au maquis que certains de mes copains les plus proches étaient dans la résistance. On se connaissait, on jouait au foot ensemble, et ils ne m'en avaient jamais parlé !". Les mois qui précèdent la libération sont intenses pour le jeune homme, qui a rejoint l'armée de l'ombre sans même en parler à ses parents ! "Le soir, on se réunissait, dans les bois ou dans une ferme abandonnée, jamais deux fois au même endroit". Pendant ces discrètes rencontres, les résistants s'initient au maniement des explosifs, grenades et mitrailleuses. "Nous avions des " cours du soir " sur les armes qui nous avaient été parachutées par les alliés. On apprenait à démonter et remonter une mitrailleuse les yeux bandés !". De récupération de matériel en opération coup de poing, les résistants s'aguerrissent. A chacun sa libération. Le 6 juin, les Alliés débarquent sur les plages de Normandie. Le 7, les résistants de Lorris prennent le maquis. "Une fois entré au maquis on n'en sortait plus, si ce n'est en mission, se rappelle Tony. Mon cas était un peu particulier. Comme j'étais très jeune, je n'étais pas encore réfractaire au STO, et mes papiers étaient en règle. Je servais d'agent de liaison". En dépit de ces précautions, la résistance paye un lourd tribut à la guerre. Plusieurs mouvements ont été décimés durant l'occupation, victimes de leur témérité ou de dénonciations. Ils renaissent systématiquement de leurs cendres. Les maquis non plus ne sont pas épargnés. Le 10 juin 1944, de jeunes Parisiens souhaitant rejoindre les maquis sont trompés par un agent infiltré, et livrés sans armes aux Allemands. Ceux qui ne sont pas fusillés sont déportés. Colette Lanthiez garde un souvenir confus de la libération. Pour sa famille comme pour beaucoup d'autres, elle se passa dans une attente inquiète. "On voyait les Allemands refluer sur la route. A travers les volets fermés, on les observait. Je me rappelle de tout jeunes soldats juchés jusque sur les garde-boue des voitures". Au milieu des mouvements de troupes de l'occupant, difficile de faire la distinction entre manoeuvre et retraite, entre retraite et fuite. "Un matin, nous sommes descendus à la cave où nous sommes restés toute la journée. Les balles sifflaient jusque dans la cour. A un moment, il n'y a plus eu de bruit. Mon père est allé voir ce qui se passait. Dans la rue, il y avait une jeep américaine". Les Allemands attaquent la Résistance. Pour Tony, l'histoire de la libération d'Orléans est celle d'un rendez-vous manqué. "D'après les instructions reçues, les forces du maquis devaient libérer Orléans, seules, le 15 août. Nous étions prêts, mais le 14, les Allemands nous ont attaqués dans la forêt d'Orléans. Nous avions été trahis" L'affrontement est terrible. Les Allemands encerclent les positions des maquisards qui se replient progressivement, jusqu'au moment ou les gradés leurs imposent de tenir les positions et d'attendre la nuit coûte que coûte. "Nous étions acculés dans un périmètre d'environ 800 mètres, et ça se bagarrait de tous les côtés. Mais nous savions par expérience que, lors de leurs précédentes attaques de maquis, les Allemands ne se battaient jamais la nuit. Ils allaient donc cesser tôt au tard. Mais leurs tirs de mortier avaient mis feu à la forêt. J'ai vraiment eu peur." 49 résistants tombent au Carrefour d'Orléans. A 21h00, comme ils l'espéraient, les Allemands se retirent et à 23h00 les maquisards parviennent à évacuer les lieux mais se retrouvent scindés en deux colonnes. "Avec nos seules armes et munitions, nous nous sommes enfoncés dans la forêt, sans lumière, en nous tenant par la ceinture pour ne pas nous perdre". Au petit jour, la colonne de Tony se trouve entre Ouzouer-sur-Loire et Dampierre-en-Burly. Le 15 août, les maquisards qui devaient entrer en vainqueurs dans la cité johannique errent dans les bois "crottés, le ventre vide, sans ordres et le moral à zéro". Le 16 au soir, alors qu'Orléans vient d'être libéré par les américains, ils sont récupérés à Montereau. Les beaux souvenirs du soldat O'Brien. "La Libération du Loiret est sans doute mon meilleur souvenir de guerre" assure Dick O'Brien, à l'époque simple soldat de 19 ans du 127ème bataillon d'artillerie légère de la troisième armée du général Patton. A 79 ans, il se rappelle précisément de la campagne de France, et pour cause : il est l'historien officiel de son régiment. Cantonnés au Mans, les chars et soldats américains avalent en quelques heures les 80 miles qui les séparent d'Orléans. Le 15 août au soir, ils sont aux portes de la ville. "Dans notre périple, l'aide de la résistance nous a été précieuse, se souvient le soldat O'Brien. Nous étions continuellement renseignés sur les troupes allemandes, leur composition et leurs mouvements. C'était un avantage considérable". Et cette aide fut bien utile à Orléans, où les forces allemandes étaient groupées à l'ouest de la ville. Prévenus par les FFI, les Américains passent par le nord, avançant en trois colonnes. "Nous restions prudents, se souvient Dick. Nous n'attendions pas d'opposition massive, mais nous étions très attentifs aux snippers". Conscients de leur désavantage, et surpris par une armée américaine qu'ils pensaient encore loin, les Allemands se replient au sud de la Loire dans la précipitation : en pénétrant dans la Kommandantur, les GI's trouvent la table mise et la soupe servie dans les assiettes ! "Ce n'étaient pas des troupes de combat, explique Dick O'Brien, dans mon souvenir de jeune soldat, ils étaient plutôt âgés...". Même partiellement détruite par les bombardements, Orléans marque les esprits de ces jeunes GI's, qui souvent ont quitté pour la première fois leur Kansas natal. "Je me rappelle de la ville d'Orléans comme d'une très jolie ville. Je me souviens encore de la statue de Jeanne d'Arc. Le piédestal avait été abîmé, mais elle était intacte". La revanche du Maquis. La joie des Orléanais libérés allait marquer le soldat O'Brien. "Durant toute la guerre je n'avais jamais vu ça. J'ai offert mes cigarettes à des vieillards qui pleuraient d'émotion. Les gens nous accueillaient à bras ouverts, et chantaient la Marseillaise". D'autres militaires américains gardent aussi en mémoire la vision désagréable de femmes orléanaises tondues pour "collaboration horizontale" comme ils le racontent dans un petit recueil de souvenirs sur la libération d'Orléans édités en 1984 par les vétérans de Wichita. Ils offrent à la population un premier aperçu de la civilisation américaine, dont certains aspects semblent promis à un grand succès : "Les gamins n'avaient jamais vu de chewing-gum de leur vie ! Ils en raffolaient !". Les jours suivants, les maquisards de Lorris font la police à Orléans. Avec la libération, les vocations tardives de Résistants fleurissent. "Du jour au lendemain, nous nous sommes retrouvés avec quantité de gens qui avaient sorti des fusils et des brassards "faits maisons", qu'il a fallu désarmer" se rappelle Tony. Au même moment, les Allemands cherchent à passer la Loire en différents points, mais les ponts sont détruits, et leurs unités débandées. C'est dans ce contexte que les FFI de la région centre vont connaître leur plus belle victoire : la reddition de la colonne Elster (voir encadré). Jours de liesse à Orléans. Frustrés de la libération d'Orléans, les maquisards de Lorris vont avoir leur revanche. Sous les ordres du colonel O'Neil, ils prennent la direction de la capitale et montent libérer Paris ! Faisant leur liaison avec la deuxième DB, ils participeront aux combats meurtriers du 25 août, et défileront dans Paris libéré avec les troupes du général Leclerc. Ce fait d'arme sonnera la fin du maquis, bientôt dissous, son travail accompli. Tony raconte cela dans la malice de ses 77 ans, et conclue avec philosophie, "en fin de compte, j'ai fait mon devoir et j'ai sauvé ma peau. Que ce soit dans l'attaque du maquis ou lors de la libération de Paris, j'ai eu de la chance". Le même sentiment domine les souvenirs du soldat californien, que le maquisard a peut-être côtoyé en ces jours de liesse à Orléans : "Avec le recul, je me rend compte que cette expérience m'a énormément changé, analyse t'il. Je n'avais que 19 ans à cette époque, mais on vieillit très vite dans ces circonstances. Je suis rentré chez moi vivant quand tant d'autres y sont restés. J'ai aujourd'hui 79 ans, huit enfants et cinq petits-enfants. Je crois que j'ai été très chanceux".

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