Un soldat allemand dans la Résistance française

Soldats de l'ombre

Ils ont été environ 3 000 Allemands antinazis à combattre aux côtés de la Résistance en France. Membres des maquis dans différentes régions de France, agents de liaison au cœur des villes ou au sein même de la Wehrmacht, déserteurs, leur engagement contre Hitler n'a pas toujours été récompensé à sa juste valeur.

Certains étaient des immigrés de la première heure, venus en France peu après l'arrivée au pouvoir des nazis. D'autres ont pris conscience durant la guerre de la nécessité de lutter pour une autre Allemagne. On estime à plus d'une centaine le nombre d'Allemands opposés à Hitler en France qui ont été tués au cours de combats, sont morts sous la torture ou ont été exécutés

Hans Heisel, soldat de la marine allemande et membre actif de la Résistance française depuis 1941

- Je suis d’origine très modeste. Quand j’ai été incorporé en 1940 et que je suis allé à Paris après ma formation de radio télégraphiste, ça a été une révélation pour moi. Je n’avais encore jamais été à l’étranger. Pour moi, Paris était comme un rêve. Et mes premières impressions de Paris sont celles d’une ville merveilleuse et captivante. En fait, je n’avais jamais encore aussi bien vécu, ni jamais été aussi bien logé. C’est ainsi que j’ai changé du tout au tout.

Le hasard a voulu - parce que tout seul, je ne l’aurais jamais fait - donc, le hasard a voulu que je devienne ami d’un coiffeur français, puis d’un tailleur français. D’habitude, un soldat allemand ne faisait pas ce genre de choses. Un soldat allemand ne sympathise pas avec l’ennemi.

... Quand on est soldat, on ne doit pas avoir ce genre de pensées. On doit se contenter d’exécuter les ordres. Et si on exécute bien les ordres, on est un bon soldat.

Ce tailleur était quelqu’un de tellement gentil. Heureusement, il parlait allemand. Parce que moi, je ne parlais pas un mot de français. J’avais quitté l’école assez tôt.

Il a beaucoup discuté avec moi. Il me posait des questions que moi je ne m’étais encore jamais posées : « Pourquoi êtes-vous en France ? Quel rôle jouez-vous dans cette guerre ? » Il m’a raconté comment vivaient les Français et quels problèmes ils rencontraient désormais.

… C’était un fin stratège politique, qui suivait tout et aussi la guerre.

... Il a été le premier à me parler de ces choses-là, des déportations de Français vers l’Allemagne, des camps de concentration, des exécutions. Objectivement, j’étais complice d’un immense crime organisé par le régime nazi, et je ne voulais pas jouer ce rôle ; c’est alors que je me suis dit, il faut faire quelque chose.

 A partir de 1941, je vais voler des armes pour la Résistance, lui fournir des informations confidentielles, distribuer des tracts, recruter d'autres soldats antinazis

Et en plus, la femme qui était mon contact avec la Résistance, celle qui était de l’émigration, m’a dit : « Tu sais, il nous faut un pistolet, tout de suite. » J’avais déjà volé des pistolets à diverses occasions. Donc je lui réponds : « Oui, mais ce n’est pas facile de s’en procurer un tout de suite. » ... Elle m’a supplié, et comme j’étais naïf, je lui ai donné mon pistolet de service. A partir de ce moment-là, je me suis baladé avec une gaine vide. Et je lui avais donné mon pistolet de service.... Un Français, qui était l’un des dirigeants de la Résistance, a ensuite confirmé qu’avec ce pistolet, l’adjoint de Saukerl (cet adjoint s’appelait Julius von Ridder, il avait déporté des milliers et des centaines de milliers de Français vers l’Allemagne pour le STO) a été abattu avec le pistolet du soldat de 1ère classe de la Wehrmacht Hans Heisel.

 

A lire le livre " unsoldat allemand dans la résistance " de ( G.STREIFF )